L’élevage appartient à Daniel Annen fils de Willy Annen aujourd'hui décédé, dont le père a déjà été mis en cause pour des faits similaires en 2016 et en 2017. Une pétition pour demander la fermeture définitive de l’exploitation, ainsi que le retrait du droit d’exploitation du gérant.
Les images sont insoutenables. Une truie battue à coups de pelle jusqu’à ce que le manche cède, un porcelet tué avec brutalité, des manipulations violentes, le tout dans des conditions de détention manifestement sinistres. Ces séquences, reçues anonymement sur disque dur par l’Observatoire du spécisme, auraient été filmées entre janvier et mars 2026 dans une maternité porcine de Corcelles-près-Payerne.
L’exploitation visée est gérée par les fils de Willy Annen. Un nom qui n’est pas inconnu: cet agriculteur, décédé récemment, avait déjà été au cœur d’un scandale de maltraitance dans des porcheries en 2016 et 2017. Une série de six affaires qui l’avaient alors contraint à cesser ses activités.
Ce lundi, l’organisation antispéciste a divulgué une enquête accablante, accompagnée d’une vidéo présentée par le chroniqueur et humoriste végane Guillaume Meurice. «Notre objectif est double: dénoncer pour faire évoluer les choses sur le plan politique, et sensibiliser sur les réseaux sociaux», précise Pia Shazar, porte-parole de l’association.
Selon elle, les vidéos révèlent davantage que des actes de cruauté isolés. «Elles montrent un système où les truies sont enfermées dans des cages d’insémination artificielle et soumises à des grossesses à répétition», avance Pia Shazar, qui dénonce aussi des mutilations pratiquées sur les bébés cochons – meulage des dents sans anesthésie, castration des mâles, euthanasie des individus jugés trop faibles – ainsi que la présence de cadavres au milieu des animaux vivants.
«Comportement inapproprié», juge l’éleveur
Face à ces accusations, l’exploitant Daniel Annen dit «comprendre que certaines séquences puissent choquer». Dans un communiqué, il nuance: «Les images diffusées ne reflètent pas la réalité quotidienne de notre exploitation.» Notons que celle-ci participe aux programmes SRPA (Sorties régulières en plein air) et SST (Systèmes de stabulation particulièrement respectueux des animaux). Sa direction affirme être «engagée en faveur de la santé et du bien-être des animaux».
L’éleveur évoque tout de même «le comportement inapproprié d’un collaborateur». «Si les faits devaient être confirmés, un tel comportement ne correspond ni à nos valeurs ni aux exigences que nous imposons à notre personnel», écrit-il, assurant que les mesures nécessaires seront prises afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise.
Le Canton «condamne» des faits graves
Les autorités cantonales ont rapidement réagi. Le vétérinaire cantonal Giovanni Peduto qualifie les faits de graves. La Direction générale de l’agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires (DGAV) «condamne avec la plus grande fermeté les actes de maltraitance animale visibles dans les images diffusées».
«Les comportements observés constituent de graves manquements aux exigences de la législation fédérale sur la protection des animaux et sont inacceptables.»
Une procédure a été ouverte afin de vérifier les circonstances de la prise des vidéos, de confirmer le lieu où elles ont été réalisées et d’identifier les personnes responsables. «Si les faits sont confirmés, la DGAV prendra toutes les mesures administratives relevant de ses compétences et dénoncera les infractions pénalement.»
À ce stade, aucune défaillance structurelle n’a été mise en évidence. Le dernier contrôle inopiné, effectué il y a moins de huit mois, n’avait indiqué aucune non-conformité, tout comme les inspections précédentes.
Scandales porcins du passé
Cette affaire ravive le souvenir des vidéos-chocs qui ont secoué le canton il y a dix ans. Elles avaient notamment conduit au lancement du programme Paille et soleil et au renforcement des contrôles dans les élevages. La surveillance a ensuite été progressivement assouplie dès 2021, après une diminution du nombre d’infractions constatées.
L’Observatoire du spécisme a déposé ce lundi une plainte auprès du Département de l’agriculture, de la durabilité et du climat et du numérique (DADN). Parallèlement, une pétition demandant la fermeture définitive du site et une interdiction de détenir des animaux à ses propriétaires a déjà réuni plus de 2700 signatures. Sur le plan politique, le député Vert Alberto Mocchi doit interpeller mardi le Conseil d’État sur cette affaire.
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Si les faits sont confirmés, des interdictions de détenir des animaux pour les personnes concernées pourront être rapidement prononcées, promet la ministre de l’Agriculture.
Egger Ph.
