La Fête-Dieu, ce 4 jeudi juin, est l’occasion pour les catholiques de manifester publiquement leur foi, à travers des processions dans les villes et les villages. Le Landeron, Fribourg ou encore Savièse perpétuent la tradition de cortèges colorés, où les autorités religieuses défilent aux côtés de sociétés locales, de représentants de l’armée, d’enfants et de fanfares. Les Fêtes-Dieu ont leurs spécificités locales, elles vivent parfois de petites révolutions et peuvent susciter des contestations.
Le Landeron, un îlot catholique en terres réformées
En Suisse romande la Fête-Dieu est célébrée dans les cantons de tradition catholique, soit Fribourg, Valais et le Jura, et dans une unique commune du canton de Neuchâtel: Le Landeron. Cette exception s'explique par des raisons historiques. Alliée à la ville de Soleure depuis le 15e siècle, la localité a en effet pu bénéficier de la protection de son voisin catholique au moment de la Réforme.
60 ans séparent ce reportage d'actualité des images diffusées en 1964 dans l'émission Carrefour. On note dans les deux sujets la présence d'un Garde suisse. Le Landeron, en effet, a vu au cours du temps de nombreux jeunes rejoindre la Garde Pontificale du Vatican.
Fribourg : le canon de la discorde
6 heures du matin, ce 8 juin 2023. Les canonniers de la Batterie 13 de Fribourg, en uniformes historiques, sont à la manœuvre : le premier coup de canon annonçant la Fête-Dieu retentit dans la ville. Le canon se fera encore entendre avant la messe et durant la procession. Cette tradition, qui remonte au 17e siècle, n’est pas au goût de tout le monde. Les Verts de la Ville de Fribourg ont déjà tenté de la faire abolir, jugeant ces tirs déplacés.
Les critiques concernant la participation de l'armée à la Fête-Dieu ne datent pas d’hier. En 1970, un jeune homme de 18 ans manifestait son opposition à la présence de militaires en armes dans la procession en faisant une grève de la faim.
Valais : enfin les femmes!
De la Fête-Dieu, on peut dire que c’est l’un des événements de l’année à Savièse. À tour de rôle, les cinq villages composant la commune sont chargés d’accueillir la célébration. Réveil avec la diane, premier défilé, célébration de la messe et enfin, le point d’orgue de la grande procession. Jusqu’au début du 21e siècle, les femmes n’étaient pas autorisées à participer à ce cortège. En 2003, la paroisse de Saint-Germain décide de changer la donne, sous l’impulsion d’Anne-Marie Sauthier-Luyet, une personnalité politique très active, et du commandant de la Fête-Dieu de Saint-Germain Christian Varone. À Chandolin, la réforme est plus tardive : il faut attendre 2010 pour voir les femmes se joindre aux hommes dans la procession.
Sophie Meyer