Chu de che / Je suis d'ici / Sono di qui / Ich bin von hier ! Les statistiques de pannes automobile pour l'année 2026 sont arrivées ; https://fiabiliteautomobile.blogspot.com/ Notre liberté ne nous a pas été donnée, mais combattue et priée par nos ancêtres plus d'une fois! Aujourd'hui, comme autrefois, notre existence en tant que peuple libre dépend du fait que nous nous battions pour cela chaque jour. Restez inébranlable et soyez un gardien de la patrie pour que nous puissions remettre une Suisse libre telle que nous la connaissions à la génération suivante. Nous n'avons qu'une seule patrie!

dimanche 28 août 2011

Markus Raetz : un génie des métamorphoses

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Depuis plusieurs décennies, le suisse Markus Raetz réalise des installations, des photographies, des films et des objets qui tous ont pour point commun d’interroger et de déstabiliser notre regard.

Chacune de ses pièces contredit ce qu’elle semble être.

Ainsi, un buste d'homme chapeauté (Beuys) se métamorphose en lièvre dès que l’on tourne autour. Un YES devient un NO, une bouteille devient un verre... et inversement !

Les artistes-peintres transposent les 3 dimensions de la "réalité" sur les deux dimensions de leur support.

Mais Markus Raetz a la démarche inverse : ses sculptures sont ramenées à de simples silhouettes "plates" ; autrement dit, elles se métamorphosent si on projette leur espace (trois dimensions), sur des plans (deux dimensions) différents.








L'artiste suisse Markus Raetz naît le 6 juin 1941 à Büren an der Aare dans le canton de Berne. Il est à la fois peintre, sculpteur, photographe et poète.

Depuis le milieu des années 60, Markus Raetz développe une oeuvre centrée sur la question de la perception et du langage, en écho à certains de ses écrivains favoris, notamment Robert Walser, Raymond Roussel ou Lawrence Sterne.

La perception que l'on a du réel est au centre de son oeuvre. Par des métamorphoses, des distorsions et des anamorphoses, il trompe les habitudes de notre regard et devient artiste de l'illusion.

L'intérêt de Markus Raetz pour l’anamorphose fait naître des dispositifs qui, pour être pleinement appréhendés, mettent le spectateur en mouvement.

Une grande partie de l’oeuvre de Markus Raetz est ainsi reliée au mouvement ; des installations et des sculptures modifient leur propre apparence du fait qu’elles se meuvent elles-mêmes ou que l’observateur se déplace autour d’elles. C’est ainsi qu’un homme portant un chapeau devient un lapin, ou qu’un OUI se transforme en NON. Ses sculptures, assemblages de matériaux divers, ne se livrent que sous un angle précis. Ces oeuvres savantes mêlent intuition sensible et procédés d'optique.

L'artiste explore également différentes techniques de la photographie : polaroïds ou photomatons, les formes que l'on croit reconnaître semblent familières comme les photos de Marilyn ou d'Elvis, mais se dérobent selon le point de vue du spectateur.

Son utilisation des mots, des matériaux naturels tels les brindilles, les feuilles d’arbre, le métal, le carton rappelle que ce travail est contemporain de l’art conceptuel et du Land Art. Son univers poétique se nourrit des séjours qu'il effectue au sein du paysage méditerranéen.

Markus Raetz a un sixième sens pour appréhender l’extraordinaire. Ses oeuvres stupéfient comme les tours de passe-passe d’un magicien. Elles remettent en question nos habitudes visuelles et nous montrent les choses d’une manière tout à fait différente. Pour parfaire ses surprises visuelles déconcertantes, le plus clairvoyant des artistes suisse sait se servir de techniques, matières et médiums les plus divers.


Egger Ph.

L'avenir s'éclaircit pour la maternité de l'hôpital cantonal de Fribourg

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Durant le mois de septembre, l'ancien médecin-chef de la clinique reprend la responsabilité de celle-ci. En octobre, un nouveau médecin-chef prendra le relais.

Depuis l'annonce de la réduction d'activité de la clinique de gynécologie et obstétrique, de nombreux contacts ont eu lieu entre la directrice de la santé et des affaires sociales Anne-Claude Demierre, l'ancien médecin-chef de la clinique David Stucki et certains médecins privés, a annoncé la Chancellerie d'Etat vendredi. Ces contacts ont porté leurs fruits.

Le professeur Stucki reprend ainsi la responsabilité de la clinique en septembre avec l'équipe de l'hôpital cantonal ainsi que divers gynécologues disposant d'un cabinet privé et ayant déjà pratiqué à l'hôpital. Ce réseau est encore en train de s'étoffer.

Dès le 1er octobre, le spécialiste en gynécologie et obstétrique Anis Feki reprendra le flambeau. Il a été nommé par le conseil d'administration. Agé de 41 ans, le docteur Feki est un spécialiste reconnu qui travaille actuellement à l'Université de Genève.

Certaines prestations maintenues

L'arrivée d'un nouveau médecin-chef conjuguée à la volonté de collaboration manifestée par les médecins gynécologues fribourgeois des domaines public et privé permettent le maintien de certaines prestations à l'hôpital cantonal, poursuit le communiqué.

Les femmes enceintes pourront continuer à bénéficier des prestations relatives à la maternité (consultations, analyse prénatale et accouchements) à l'hôpital. La réduction d'activité de la clinique de gynécologie touche néanmoins encore les examens et interventions. Les opérations seront comme prévu prises en charge à Riaz (FR), à l'hôpital Daler, en ville de Fribourg, ou à l'hôpital intercantonal de la Broye durant la période transitoire.

Ces mesures ont dû être prises en raison d'une pénurie de médecins gynécologues qui touche de plein fouet l'hôpital cantonal de Fribourg. Cette situation résulte des départs de deux médecins- cheffes démissionnaires.

ATS

Alerte météo de la Confédération : un buzz médiatique suivi d'un raté de la part des autorités

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Vendredi, la Confédération lançait pour la première fois une alerte météo via les médias. Au final, si les orages ont été forts par endroit, ils n'ont pas atteint l'ampleur attendue.

Les réactions de la population ne se sont pas faites attendre et les prévisionnistes en ont pris pour leur grade. MétéoNews dans un communiqué publié samedi, parle de «buzz médiatique mais ratage météorologique».

En effet, l'institut de prévisions regrette le manque de réactivité de la Confédération. Très vite, les spécialistes ont vu que le risque avait été surévalué. Il aurait alors fallu rétrograder le niveau 4/5 à 2/5 (3 pour le Tessin). MétéoNews relève que les société privées, qui elles ont actualisé rapidement leurs informations, ont beaucoup mieux géré la situation. Et de terminer en disant qu'une réaction plus rapide de la Confédération aurait permis à la population d'être mieux informée et aurait éviter quelques critiques, acerbes mais justifiées, aux professionnels de la météo.

DMZ

mercredi 24 août 2011

Les bactéries, amibes et spores de champignons peuvent être transportées par le vent sur des milliers de kilomètres. Les microorganismes les plus petits peuvent même survoler des océans.

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Des chercheurs suisses et britanniques ont révélé la possibilité que des microorganismes puissent passer d'un continent à un autre, poussés par le vent.

Cette découverte a été faite à la suite d'une simulation par ordinateur conduite par Symeon Koumoutsaris, de l'Institut international des sciences spatiales de Berne, et Dave Wilkinson, de l'Université John Moores de Liverpool. Leurs résultats ont été publiés dans le «Journal of Biogeography».

Utilisant des modèles simulant la dispersion de particules de poussières, les scientifiques anglo-suisses ont cherché à comprendre comment des microorganismes libérés du Mexique et de l'extrémité méridionale de l'Amérique du Sud pourraient se déplacer dans l'atmosphère

Selon leurs travaux, les microbes inférieurs à 0,02 millimètres peuvent facilement être transportés par le vent sur de longues distances, parfois sur des milliers de kilomètres. Les particules inférieures à 0,009 mm (comme les bactéries, certaines amibes ou les spores de certains champignons) sont même parvenues à atteindre l'Australie. Pour les plus petites, le voyage peut durer jusqu'à une année.

«Les résultats les plus surprenants sont la vaste distribution des microbes virtuels à l'intérieur d'un même hémisphère et l'absence de diffusion entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud au cours de l'année que nous avons pris en compte», souligne M. Wilkinson.

ATS

Les cigarettes anti-incendie débarquent

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Les premières cigarettes anti-incendie, une norme qui doit se généraliser en Europe à la mi-novembre, commencent à être livrées chez les revendeurs de tabac en France.

Pour ces cigarettes, baptisées LIP («lower ignition propensity»: propension à la combustion réduite), seul le papier change.

Chaque cigarette comporte désormais sur sa longueur deux ou trois anneaux où le papier dispose de moins de micro-performations. Lorsque la combustion arrive à ces anneaux, le tabac est moins oxygéné, ce qui facilite l'extinction de la cigarette si le consommateur ne fume pas activement.

Ces anneaux permettent d'«arrêter la combustion», agissent comme «des barrières», explique Imperial Tobacco (qui fabrique notamment les marques française Gauloises, mais aussi espagnole Fortuna ou internationale JPS).

Ces cigarettes répondent à une norme voulue par la Commission européenne soucieuse de voir les cigarettes dotées d’un dispositif novateur qui limiterait les incendies accidentels.

Le goût des cigarettes et leur texture ne changent pas, assurent les fabricants joints par l'AFP. Le papier à rouler n'est pas concerné.

Pourtant en France, la Confédération des buralistes assure avoir eu des remarques de consommateurs qui «s'en rendent compte et posent des questions». Certains jugeant leur cigarette habituelle «différente».

Les fabricants ont jusqu'au 17 novembre pour modifier toutes les cigarettes qu'ils livrent.

Certains comme Imperial Tobacco France ont déjà commencé à fournir exclusivement des LIP aux buralistes afin qu'ils puissent avoir épuisé leur stock de cigarettes ordinaires le 17 novembre.

AFP

Des substances chimiques toxiques susceptibles de porter atteinte aux organes de reproduction des êtres vivants ont été détectées dans des produits de quatorze grands fabricants de vêtements


Parmi les marques mises en cause par l'ONG de défense de l'environnement figurent Adidas, Uniqlo, Calvin Klein, Li Ning, H&M, Abercrombie & Fitch, Lacoste, Converse et Ralph Lauren.

Greenpeace a acheté dans 18 pays des échantillons de vêtements de ces marques, fabriqués notamment en Chine, au Vietnam, en Malaisie et aux Philippines. Elle a ensuite soumis ces textiles à des analyses.

«Des éthoxylates de nonylphénol (NPE) ont été détectés dans deux- tiers de ces échantillons», a expliqué dans une conférence de presse à Pékin Li Yifang, en présentant le rapport «Dirty Laundry 2» (Linge sale).

Les éthoxylates de nonylphénol sont des produits chimiques fréquemment utilisés comme détergents dans de nombreux processus industriels et dans la production de textiles naturels et synthétiques. Déversés dans les égouts, ils se décomposent en nonylphénol (NP), un sous-produit très toxique.

«Le nonylphénol est un perturbateur hormonal», a souligné Mme Li. Elle a précisé que cette substance pouvait contaminer la chaîne alimentaire et s'accumulait au sein des organismes vivants, menaçant leur fertilité, leur système de reproduction et leur croissance.

Contamination au lavage

«Ce n'est pas seulement un problème pour les pays en développement où sont fabriqués les textiles», a insisté Li Yifang. «Etant donné les quantités résiduelles de NPE relâchées quand les vêtements sont lavés, ils s'insinuent dans des pays où leur usage est interdit».

Selon l'ONG WWF, de telles substances, capables d'imiter les hormones oestrogènes naturelles, sont impliquées dans la «féminisation» constatée chez de nombreux poissons mâles en Europe ainsi que dans les perturbations du développement sexuel de certains mammifères.

Pour marquer la sortie du rapport, des militants de Greenpeace habillés en arbitres de football ont fait irruption mardi dans un magasin Adidas de Hong Kong. Ils y ont distribué des cartons jaunes et ont appelé la marque à éliminer les substances nocives de ses produits.

Le mois dernier, Greenpeace a rendu public «Dirty Laundry», un précédent rapport qui montrait comment les fournisseurs de grands groupes textiles empoisonnaient l'eau de certains fleuves chinois avec leurs rejets chimiques.

A la suite de cette publication, les marques Puma et Nike se sont engagées à éliminer de leurs processus de fabrication toute substance chimique toxique d'ici à 2020. En revanche Adidas s'est borné à un «communiqué vague, sans engagement de sa part», selon Mme Li.

ATS

lundi 22 août 2011

Qui se cachait derrière le masque de fer ?


Depuis plus de trois cents ans, le mystère du Masque de fer fascine et l’on prête à ce prisonnier pas moins de cinquante visages possibles. De la plus improbable hypothèse à la plus vraisemblable, il convient d’aller voir derrière le masque et surtout de ne pas prendre pour argent comptant tous les bruits qui ont couru sur l’identité du Masque de fer.

Je pense qu’il était bon de rectifier un certain nombre d’idées fausses sur Louis XIV. Pour cette personnalité qui a régné si longtemps, les légendes sont tellement nombreuses qu’il faut rectifier un petit peu le tir. Et en particulier la fameuse déclaration «L’État, c’est moi». Parce que tout le monde le dit, le répète, les hommes politiques en usent, quelquefois même des historiens reproduisent la phrase alors qu’on sait très bien qu’il n’était pas possible de dire une chose pareille. Donc il est bon de remettre les pendules à l’heure.

Pour revenir sur l’une des plus célèbres légendes, le Masque de fer, d’où vient-elle ?

Ce prisonnier enfermé a une véritable existence et on le sait de trois manières. La première ce sont les registres d’écrous des prisons qu’il a eu l’occasion de fréquenter au long de sa vie. On y parle d’un personnage mystérieux dont on ne dit pas le nom. Ensuite, on connaît ses pérégrinations grâce aux gazettes du temps qui font état des nouvelles, soit ce sont des gazettes officielles, soit ce sont ce qu’on appelle des nouvelles à la main, c’est à dire des pamphlets, des libelles, des gazettes qui circulent. La troisième source, que les historiens actuels ont pu trouver après, ce sont des lettres, en particulier de Louvois, ministre de la Guerre, ou Barbezieux, son fils qui lui a succédé, et qui indiquent les pérégrinations du fameux prisonnier. 

Quand a-t-on commencé à parler du Masque de fer comme étant directement lié à Louis XIV et dans quel but?

Cela date déjà du règne de Louis XIV. On a d’abord évoqué un fils illégitime du roi et de Mademoiselle de la Vallière, le comte de Vermandois. On sait qu’il est mort en 1683, mais on pense alors que cette mort est une mort factice et qu’il serait ce prisonnier masqué. On dit qu’il aurait été emprisonné parce qu’il aurait souffleté son demi-frère le Grand Dauphin, l’héritier de la couronne. C’est un petit peu plus tard que Barbezieux, fils de Louvois, qui lui a succédé comme ministre de la Guerre et qui a mené une vie que n’appréciait pas Louis XIV –il était plus adonné à ses plaisirs qu’à son travail-, fait courir le bruit que le Masque de fer serait le frère de Louis XIV. Louis XIV lui a interdit l’entrée duConseil d’en haut, c’est à dire de devenir ministre d’Etat, et il fait ça pour se venger en quelque sorte. Il le confie autour de lui et la rumeur enfle. C’est né comme ça. Et puis Voltaire a récupéré l’histoire et lui a donné tout son crédit dans son «Siècle de Louis XIV». Mais il l’a fait avec beaucoup de malice. Il a insufflé à doses homéopathiques son histoire. C’est dans les rééditions du «Siècle de Louis XIV», dans les «Suppléments», qu’il a précisé les choses et il a fini par cracher le morceau dans un autre livre où il a évoqué le fait qu’il s’agirait d’un frère jumeau de Louis XIV. C’est pour cette raison qu’on le sait aujourd’hui, car la rumeur qui courait et avait était lancée par Barbezieux n’aurait sinon jamais été reprise au XIXe et au XXe siècle, personne ne connaissant Barbezieux. La légende du Masque de fer est donc née du vivant du roi et elle s’est amplifiée et précisée après sa mort, grâce ou à cause de Voltaire.

Quelles ont été les hypothèses quant à l’identité du Masque de fer?

Il y a celle qui en fait le frère jumeau de Louis XIV. On nous explique qu’Anne d’Autriche a d’abord accouché du futur Louis XIV en public, parce qu’une reine de France accouche toujours en public, et lorsque les courtisans ont quitté la chambre, le deuxième est arrivé. Ce n’est pas la peine d’en parler à un gynécologue, il va vous rire au nez évidemment. On a dit aussi que Louis XIV était un fils illégitime d’Anne d’Autriche, parce que -et c’est quand même assez curieux- on lui prête quantité d’amants. Le Masque de fer serait un enfant qui serait né après lui et qu’on aurait caché. Ce serait alors sa descendance qui serait légitime et non celle de Louis XIV. On a vraiment tout entendu dans ce domaine là. On a même parlé de la naissance d’une fille. Comme la loi salique s’appliquait en France, on lui aurait collé un masque de fer et elle a disparu dans les oubliettes de l’histoire en attendant la naissance d’un garçon, Louis XIV. On n’a jamais manqué d’imagination dans ce domaine.

Pourquoi certains écrivains ont-ils entretenu cette légende ?

Il ne faut pas s’étonner que les Romantiques, que ce soit Victor Hugo ou Dumas, aient saisi l’occasion. C’était trop beau pour eux, eux qui aiment le mystère et en plus un mystère qui touche à la monarchie, à la royauté. Ca plait, et ça plait encore beaucoup aujourd’hui. Le succès était assuré. Même Marcel Pagnol s’est intéressé à cette légende. J’avoue qu’avant de traiter cette question, je ne savais pas qu’il avait publié un livre, dans les années 1960, sur le Masque de fer. Il s’était fait aider par des amis académiciens français et avait remué pas mal de documents. Et c’est d’autant plus troublant que Pagnol était persuadé que ce livre allait avoir une très grande importance, beaucoup plus que ses souvenirs, «Le Château de ma mère» ou que «La Gloire de mon père».

Quelles identités ont-elles été données au fil des siècles concernant le Masque de fer ?

On suit assez bien ce personnage grâce à ces registres d’écrous et cette presse du temps. Il a d’abord été enfermé à Pignerol, puis dans le fort d’Exilles, un fort assez extraordinaire qui est dans le Piémont possession française à l’époque. Ensuite il est allé dans l’île Sainte-Marguerite en face de Cannes, et enfin à la Bastille où il est mort. On peut évoquer cela avec beaucoup de sûreté, même avec les dates précises de l’incarcération de cet homme qui ne portait pas un masque de fer mais un masque de velours. Il fallait bien qu’il puisse respirer, qu’il puisse se nourrir. Et un masque de fer, d’après les spécialistes, ça lui aurait donné des réactions cutanées qui pouvaient été très déplaisantes. Le personnage a existé, la question est donc de savoir évidemment qui ça pouvait être. Les contemporains ont donc évoqué le comte de Vermandois. La légende du Masque de fer a été reprise sous la Révolution française, avec une finalité politique parce que savoir qu’il y avait dans les prisons du roi de France un homme dont on cachait l’identité, c’était vraiment la marque même de la tyrannie des rois, cet absolutisme monarchique qui permettait d’enfermer quelqu’un sans procès, un être qui était pour les révolutionnaires forcément innocent. Là aussi ça a enrichi encore la légende et on s’est posé la question de savoir qui ça pouvait être. On a parlé de Molière, on a parlé de d’Artagnan, on a parlé de Nicolas Fouquet. Et puis ensuite les historiens, du XXe siècle, ont un peu plus travaillé et ils ont proposé une identité: un agent double italien Ercole Mattioli qui était secrétaire des ducs de Mantoue et qu’on aurait mis à l’ombre dans le cadre des histoires politiques dans le Nord de l’Italie.

Que disent en ce début du XXIe siècle les spécialistes de la question quant à cette identité ?

Aujourd’hui, des historiens, comme Jean-Christian Petitfils ou Claude Quétel, donnent le nom d’un personnage qui s’appelle Eustache Danger ou Dauger. On sait qu’il a été arrêté en 1669 et été enfermé à Pignerol. Et pourquoi aurait-on enfermé cet homme avec un masque? Là on touche la grande histoire. Il aurait eu connaissance de la correspondance qu’échangeait le roi Louis XIV avec son homologue Charles II d’Angleterre. Charles II d’Angleterre, c’est le roi de la restauration. C’est un homme qui est célèbre pour ses frasques, pour sa sensualité, pour son cynisme mais c’est un homme dont on a oublié un petit peu les qualités d’homme d’État. C’est quelqu’un qui était en guerre contre la Hollande et qui se rapprochait des catholiques alors que l’anglicanisme était la religion officielle. Comme il voulait gouverner de manière absolue, un peu à l’image de son homologue français, il voulait se passer du parlement anglais. Or c’est le parlement anglais qui votait les subsides de la politique étrangère du roi d’Angleterre. Pour se passer du parlement, il a sollicité l’aide financière du roi Louis XIV. Évidemment Louis XIV voulait bien subventionner le roi anglais, mais il fallait qu’il y ait un retour. Et ce retour c’était améliorer la situation des catholiques anglais, voire éventuellement rétablir le catholicisme en Angleterre, le roi Charles II se serait alors converti au catholicisme. Et ça, c’était vraiment une affaire d’État. D’ailleurs un traité secret a été signé en 1670 entre l’Angleterre et la France, où les choses déjà se mettaient un peu en place. Évidemment tout ceci devait se faire sous le sceau du secret. Ce monsieur Danger ou Dauger ayant eu connaissance, en tant que valet, de cette correspondance, il fallait absolument le faire taire. Et on ne l’a pas fait taire en le faisant exécuter, mais en l’emprisonnant. Il fallait le tenir au secret, qu’il ne parle à personne et que personne ne puisse le reconnaître et surtout il ne fallait révéler à personne les raisons de cet emprisonnement. C’est une hypothèse qui est assez crédible aujourd’hui, même si le grand public et les écrivains généralement préfèrent que ce soit le frère jumeau de Louis XIV.

Itinéraire du Masque de fer

Le vendredi 19 juillet 1669, le ministre de Louis XIV, le marquis de Louvois informe Mr de Saint-Mars de l’arrivée prochaine à Pignerol d’un nouveau prisonnier nommé Eustache Danger. C’est dans cette prison que sont détenus également Nicolas Fouquet et le marquis de Lauzun. En octobre 1681, le dénommé Eustache Danger est conduit à Exilles toujours accompagné de Saint-Mars qui est devenu son geôlier et qui ne se séparera jamais de « son prisonnier ». Le 17 avril 1687, une nouvelle prison accueille Eustache Danger dans l’île de Saint-Marguerite près de la ville de Cannes. Enfin, au cours de l’année 1698, notre prisonnier et Saint-Mars arrivent à la Bastille ou le Masque de fer meurt le 19 novembre 1703. Son corps sera mis en terre au cimetière de Saint-Paul.

Les masques du prisonnier

Nous sommes en 1675. Saint-Mars demande à cette date la permission à Louvois de donner Eustache Danger à Fouquet en tant que valet : le ministre accepte. Dés lors, notre prisonnier est libre de confier ses secrets à Fouquet. Néanmoins, rappelons que l’ancien ministre des finances est condamné à perpétuité. Ce n’est pas le cas de Lauzun qui va être libéré et dont personne ne souhaite qu’il rentre en contact avec Danger. Pourtant en 1680 on découvre une ouverture entre la chambre du marquis et celle de Fouquet : Lauzun a sans doute pu parler avec le prisonnier si Fouquet ne lui a pas déjà tout révélé sur son valet. L’ancien ministre est tellement angoissé devant la découverte de cette ouverture qu’il n’y survit pas et décède d’une crise d’apoplexie. Dés lors, il faut faire croire à Lauzun que ce qu’il a pu apprendre n’a guère d’importance ou que ce n’est que foutaises. On lui fait croire que ce valet a été libéré de sorte que quand lui-même sort de prison, il semble qu’il se soit tu. En réalité, Danger a été conduit dans la Tour d’en bas où il doit porter un masque d’acier a chaque fois qu’il reçoit la visite d’un autre que Saint-Mars (médecin, confesseur…). De la sorte, Lauzun ne peut se douter que ce prisonnier et l’ancien valet de Fouquet ne font qu’un. Lorsque Danger doit changer de prison, il doit également revêtir ce masque au cours du voyage pour cacher son visage à ses gardes. C’est en 1687 qu’on lui pose un masque de velours noir dont on n’est pas sûr qu’il le porta tout le temps.

Eustache Danger

Qu’il soit ou qu’il ne soit pas vraiment Eustache Danger, c’est sous cette appellation que nous connaissons le Masque de fer…est il semble bien que cet homme soit réellement notre prisonnier. Ce dernier né en 1643 pourrait être un valet d’Henriette d’Angleterre, belle-sœur de Louis XIV et sœur de Charles II, roi d’Angleterre. En 1669, la France et l’Angleterre tentent de trouver un arrangement pour mettre fin aux divers conflits entre les deux pays. Il semble que Danger est servi d’espion, qu’il est eu un double rôle. Entre autre, il était au courant du souhait secret de Charles II de se convertir au catholicisme alors que l’Angleterre était protestante. C’était là un véritable secret d’Etat qui fallait étouffer d’où son arrestation en 1669. Le 30 juin 1670, Henriette d’Angleterre qui connaissait donc l’identité de notre prisonnier –non masqué à cette date- meurt brusquement, se disant empoisonnée. L’aurait-on fait taire ?

Autre point qui conforte la théorie que Danger est le Masque de fer : le prisonnier est mort en 1703 et aurait dit à son confesseur qu’il devait avoir environ soixante ans. Eustache Danger étant né en 1643, les dates concordent.

Les hypothèses les plus soutenues

1) Un certain Matthioli

Prisonnier de Saint-Mars, on voit souvent en lui le Masque de fer. Espion italien qui, servant ses intérêts, était tantôt du côté de Louis XIV, tantôt du côté du duc de Savoie, il fut arrêté par le roi de France en 1679 en territoire ennemi. Comme il est illégal de tendre un piège à un homme hors du royaume de Sa Majesté, certains prétendent que le visage de Matthioli fut recouvert d’un masque pour que le duc de Savoie n’apprenne jamais qu’un de ses sujets se trouvent sans jugement et en toute illégalité, prisonnier du roi de France. Mais si on se penche sur la date d’arrivée de Matthioli à Pignerol, on constate que cela se produit dix ans après la date émise dans les correspondances entre Louvois et Saint-Mars. Autre point : Louis XIV fini par avertir le duc de Savoie sur le sort de son espion et le duc n’est pas mécontent de s’en être débarrassé. Pourquoi continuer à lui faire porter un masque alors ? De plus, le nom de l’italien disparaît de la correspondance entre le ministre et Saint-Mars en 1694 pour la bonne raison qu’il est mort à Pignerol cette année là. Matthioli n’est donc pas le Masque de fer.

2) Le comte de Vermandois

Fils légitimé de Louis XIV et de Louise de la Vallière, le comte de Vermandois meurt le 8 novembre 1683 à l’âge de seize ans, victime de maladie. Selon certain, c’est pour avoir giflé son demi-frère le Grand Dauphin que son père Louis XIV le fait passer pour mort et le fait disparaître derrière un masque. En 1786, Louis XVI décide de couper court aux rumeurs et fait ouvrir la tombe du comte. L’autopsie est formelle, il s’agit bien là des restes du fils de Louis XIV et de sa maîtresse.

3) Le duc de Beaufort

Cousin de Louis XIV, né en 1616, François de Beaufort participe à la Fronde contre la politique de Mazarin et se range du côté du roi de France en 1653. En juin 1669, il est porté disparu à la bataille de Candie contre les turcs. Son corps ne fut jamais retrouvé et les bruits commencèrent à courir sur un possible enlèvement souhaité par Louis XIV. De plus, le duc de Beaufort avait été l’amant d’Anne d’Autriche et pourrait être le possible père de Louis XIV. Sur son lit de mort, la reine-mère entretenu son fils seul à seul. Lui avoua-t-elle qu’il n’avait en fait aucun droit au trône et qu’il était un bâtard ? Personne ne peut le dire.

4) Un frère aîné de Louis XIV

Tout le monde connaît la passion amoureuse qu’il y eut entre Anne d’Autriche et le duc de Buckingham et on parle d’un fils né de cet amour interdit. A moins que ce frère aîné qui aurait vu le jour en 1636, soit deux ans avant le roi soleil, n’ait pour père Richelieu. Devant l’incapacité de Louis XIII à donner un enfant à la reine, le cardinal se serait chargé d’assurer la dynastie des Bourbon.

5) Un frère jumeau de Louis XIV

C’est la thèse la plus soutenu, celle qui alimenta le plus de romans ou de films. Louis XIV serait né le premier ce 5 septembre 1638 en présence de toute la cour. Son jumeau aurait vu le jour huit heures et demi après dans la soirée pendant le repas de Louis XIII sans témoins ou presque. Le futur Louis XIV avait déjà été présenté comme Dauphin et le souverain pouvait craindre une querelle dynastique entre les jumeaux. Après tout, Gaston d’Orléans frère cadet de Louis XIII n’avait pas hésité à intriguer contre le roi alors on imagine ce qu’aurait pu donner un affrontement entre des jumeaux qui tout deux pouvaient prétendre au trône.

6) Une fille aînée de Louis XIII

Pourquoi enfermée une sœur aînée de Louis XIV sous un masque quand on sait que seul les mâles peuvent prétendre à la couronne de France ? Cela fait plus de vingt ans que le couple royal est stérile. Enfin en 1637, Anne d’Autriche est enceinte pour de bon mais aurait mis au monde une fille. Craignant de ne plus avoir d’autre enfant, Louis XIII aurait substitué à sa fille un garçon né le même jour d’un couple inconnu : c’est le futur Louis XIV. Seulement, en 1640, la reine met au monde un fils, le duc d’Anjou. Ainsi, le Dauphin est un usurpateur et l’héritier légitime de la couronne se voit attribuer le rôle de cadet. La situation implique davantage qu’on étouffe l’affaire de l’échange des enfants en 1638. La théorie ne tient pas car il est certain que ceux qui ont vu le Masque de fer même le visage caché, on reconnu un corps masculin. De plus, devait-on vraiment faire disparaître de la sorte une femme ? Là où la théorie s’effondre c’est la naissance de Louis XIV qui se passa en public : le sexe de l’enfant fut donc connu de suite et la substitution est alors impossible.

Pourquoi un tel traitement ?

Si Eustache Danger fut traité comme un simple prisonnier, une fois que le masque fait son apparition, le régime change totalement. Il paraît que Saint-Mars nomme son prisonnier « mon prince », lui procure la meilleure nourriture, lui fournit un mobilier des plus riches qu’il puisse trouver. Le Masque de fer est servi à genoux par ceux qui lui apportaient son repas et en sa présence, Saint-Mars et tous gardes restent debout, ne s’asseyant que lorsque le prisonnier le permet. Un ancien valet de la princesse d’Angleterre mérite-il un pareil traitement de faveur ? Mais si le Masque de fer est un prince de sang, comment expliquer qu’on osa faire de lui le valet de Fouquet à Pignerol ? Il semble qu’à partir du moment où Eustache Danger porte un masque, Saint-Mars monte une histoire invraisemblable pour alimenter les rumeurs. Si les gens sont occupés à chercher l’identité de ce prisonnier dans la haute noblesse, ils ne pourront jamais découvrir sa véritable identité de valet à la cour de France. Ainsi, Saint-Mars nous joue une belle comédie en prétendant détenir un prince et le servir comme tel. D’après les sources, ce serait même lui qui murmura que le Masque de fer était en réalité le duc de Beaufort en 1688 soit un an après l’apparition du masque sur le prisonnier.

Pourquoi ne pas avoir tué Eustache Danger ?

Si le Masque de fer n’était pas un prince de sang, pourquoi s’encombrer de ce prisonnier à qui il était interdit de dire qui il était sous peine de mort immédiate ? N’était-il pas plus simple de l’exécuter discrètement ? Sous l’ancien régime contrairement à ce que certains pensent, un homme ne peut être tué qu’après un jugement et une sentence. Le Masque de fer n’ayant pas eut droit à un jugement, point d’exécution. Déjà sous Louis XIII, Richelieu avait écrit à Rome pour demander si on pouvait exécuter discrètement un homme pour raison d’Etat (à cette époque, le duc de Montmorency se révoltait contre le roi) et ce fut un refus de la part de l’Eglise catholique. Louis XIV ne pouvait donc se rendre coupable d’un tel crime.

Un mythe

Aujourd’hui, il est quasi-certain que le Masque de fer était Eustache Danger, simple valet de la princesse Henriette d’Angleterre. Si beaucoup continuent à soutenir la thèse du jumeau ou du frère aîné c’est qu’une fois le masque tombé, la réalité déplait. Quoi ? Celui autour de qui on a construit tant d’hypothèses n’est qu’un valet qui tenait dans ses mains un secret compromettant l’honneur d’un roi étranger ? Saint-Mars a donc construit lui-même le mystère enveloppant son prisonnier ? Non diront certains. Après tout même si de 1669 à 1703 on attache au prisonnier le nom d’Eustache Danger, qui peut affirmer que cet homme n’est pas mort d’une quelconque façon en 1681 ? Et que l’on se soit servi de son nom pour désigner ce prisonnier masque qui était en fait un prince de sang royal ? Oui, c’est possible...encore faut-il le prouver. Donnez à une énigme une solution qui ne plait pas, les gens s’empresseront d’émettre de nouvelles hypothèses qui séduisent davantage.

Eustache Danger est probablement notre homme, encore faut-il que cela plaise au public.

Selon la légende, dans la nuit qui suivit l’enterrement du Masque de fer, un homme curieux creusa la tombe pour trouver une grosse pierre à la place de la tête.

Pour certains historiens, les restes du Masque de fer sont dans les catacombes de Paris, quelque part perdus dans un tas de milliers d’os et de crânes.















Eustache Dauger

Eustache Dauger (ou Danger) est arrêté près de Dunkerque en juillet 1669 et enfermé à Pignerol, au secret absolu. Saint-Mars avait songé à le donner comme valet à Lauzun, interné dans la forteresse de 1671 à 1681, mais s'était heurté au refus catégorique de Louvois. Ce dernier accepta néanmoins qu'il soit employé comme domestique de Nicolas Fouquet, après la mort d'un de ses deux valets, Champagne, mais en donnant cette consigne : « Vous devez vous abstenir de le mettre avec M. de Lauzun, ni avec qui que ce soit autre que M. Fouquet. » Par la suite, Louvois multiplia les précautions dans le même sens, allant jusqu'à écrire directement à Fouquet, le 23 novembre 1679, en lui promettant un assouplissement de son régime de détention si Fouquet lui indiquait : « Si le nommé Eustache que l'on vous a donné pour vous servir n'a point parlé devant l'autre valet qui vous sert de ce à quoi il a été employé avant que d'être à Pignerol. »

À la mort de Fouquet, en 1680, Saint-Mars découvre qu'une galerie, creusée par Lauzun, a permis aux deux prisonniers de se rencontrer comme ils le voulaient sans que les gardes de la prison en sachent rien et qu'ainsi, il n'est pas possible d'assurer que Lauzun et Dauger n'ont pas été en contact. Louvois ordonne alors à Saint-Mars de faire croire à Lauzun que Dauger et l'autre valet de Fouquet, La Rivière, ont été libérés, mais de « les referm[er] tous deux dans une chambre où vous puissiez répondre à Sa Majesté qu'ils n'auront communication avec qui que ce soit, de vive voix ou par écrit et que M. de Lauzun ne pourra point s'apercevoir qu'ils sont renfermés. »

Lauzun est libéré le 22 avril 1681, mais Danger et La Rivière — alors même que ce dernier n'était pas à Pignerol comme prisonnier mais comme domestique, y étant entré volontairement en 1667 — demeureront enfermés au secret absolu. Dans la correspondance entre Louvois et Saint-Mars, ils ne seront désignés que par la périphrase : « Messieurs de la tour d'en bas ». La Rivière ne pouvait se voir reprocher qu'une chose : avoir appris les antécédents de Danger, que Fouquet connaissait également. Lauzun les avait également appris, mais Louvois n'avait pas le moyen d'empêcher sa libération, que la Grande Mademoiselle avait obtenue de Louis XIV.

Dauger avait été arrêté près de Dunkerque en juillet 1669 sur la base d'une lettre de cachet dont Jean-Christian Petitfils a montré qu'elle était entachée de nombreuses irrégularités. Tout montre que son arrestation a été minutieusement organisée par Louvois, alors secrétaire d'État de son père, Michel Le Tellier.

On ne sait rien de ce Dauger. Dans la lettre qu'il envoie à Saint-Mars pour faire préparer son cachot à Pignerol, Louvois indique : « ce n'est qu'un valet ». L'intéressé savait pourtant lire puisqu'il fut autorisé à recevoir des livres de piété. Dès lors, si l'identification entre le Masque de fer et Dauger est désormais la plus généralement admise, les spéculations se sont portées sur l'identité véritable de Dauger et sur le secret qu'il détenait.

Pourquoi Eustache Danger n'a t-il pas été exécuté ?

Il faut savoir, comme l'explique très bien monsieur Petitfils dans le chapitre 7 de son livre, « du danger du secret au secret de Danger » sur le Masque de Fer, que les condamnations à mort ou les assassinats politiques ordonnés par le Roi étaient exceptionnels.

On ne peut citer que des conspirateurs ou des auteurs des crimes importants de lèse Majesté.

Selon la formule de Colbert « Sa volonté est que quiconque est né sujet et obéisse sans discernement... La révolte de ses sujets est toujours infiniment criminelle ».

Mais le respect de la vie s'inspire et obéit aux principes des Saintes Ecritures, or le Roi représente Dieu sur la Terre. Il garantit les droits de ses sujets. Il ne veut pas être accusé (notamment par l'Eglise, les évêques ou le Pape) d'avoir porté atteinte, sans justification sérieuse, à la vie d'autrui.
En l'espèce, même Fouquet, accusé en 1661 de malversations et complot, est emprisonné à vie et non condamné à mort.

Cet Eustache Danger, quoique appelé "misérable" par Louvois, ne semble pas avoir commis de crime, il a semble-t-il eu connaissance de secret d'Etat qu'il convenait de protéger.

Après la « guerre de Dévolution » qu'il doit arrêter sous la pression des Etats européens, Louis XIV tente de briser l'alliance entre l'Angleterre, la Suède et la Hollande.

Son objectif était d'obtenir l'alliance des Anglais contre les Hollandais.

Le roi d'Angleterre, Charles II, fils d'Henriette-Marie de France (fille d'Henri IV et soeur de Louis XIII) et de Charles I, est un homme de plaisir, toujours à court d'argent (En 1662, il vendra Dunkerque à Louis XIV pour 40 000 £). Il signe en 1670 le traité de Douvres, traité qui lui accorde une pension de la France (200 000 £ par an) mais qui doit demeurer secret.

Eustache Danger a t il servi de missionnaire-facteur entre Charles II d'Angleterre, sa soeur, Henriette
d' Angleterre et Louis XIV lors des négociations de ce traité ?

Son seul crime est peut être d'avoir été trop curieux... et encore ce n'est qu'une hypothèse ! Sa condamnation à mort ne se justifie donc pas. Il n'est pas le seul à être emprisonné à vie pour des cas similaires et il n'est pas le seul à porter un masque pour éviter d'être reconnu.

Si son cas n'avait pas été évoqué par Voltaire, on n'en aurait sans doute, jamais entendu parler.

Eustache de Cavoye

Selon Maurice Duvivier, Dauger serait Eustache de Cavoye, incarcéré pour avoir été le chirurgien Auger, l'un des acteurs de l'affaire des poisons.

Selon Rupert Furneaux (The man behind the mask, 1954), Louis XIII serait le père de Louis et Eustache Oger de Cavoye. Rupert Furneaux a retrouvé un tableau représentant Louis Oger de Cavoye. La ressemblance entre Louis XIV et Louis Oger de Cavoye serait la preuve d'un lien de sang entre Louis XIV et les frères de Cavoye.

Selon Marie-Madeleine Mast (Le Masque de fer, une solution révolutionnaire, 1974), François de Cavoye, Mari d'une dame d'honneur de la reine (Marie de Lort de Sérignan), et capitaine des mousquetaires de Richelieu, était le 'dépanneur' de Anne d'Autriche et serait le vrai père de Louis XIV. Ainsi Eustache Dauger de Cavoye (né le 30 août 1637) serait le demi-frère de Louis XIV (les deux ayant le même père, qui n'était pas le roi, mais non pas la même mère), et lui ressemblait beaucoup, ce qui expliquerait sa mise au secret.

Selon Jean d'Aillon (Le Dernier Secret de Richelieu – 1998 – éditions du Masque), Anne d'Autriche aurait été enceinte deux fois des œuvres de François Dauger de Cavoye avec la complicité de Richelieu face à un risque de répudiation, mettant enfin au monde Louis XIV et Philippe d'Orléans, des fils "Cavoye" et non des Bourbon. Or, François de Cavoye avait déjà une progéniture dont deux fils, Louis et Eustache, qui ressemblaient étrangement au roi. Une confidence de leur père aurait tout déclenché. La question, selon Jean d'Aillon, est donc de savoir si Eustache Dauger était Eustache Dauger de Cavoye, le frère de 'l'Ami du Roy", Louis de Cavoye, qui avait disparu justement en juillet 1669. Pour Jean d'Aillon, Eustache fut probablement emprisonné pour avoir essayé de menacer le roi Louis XIV en révélant qu'il était son demi-frère, et non le fils de Louis XIII. Le masque de fer était alors nécessaire pour que personne ne découvre la ressemblance, car Eustache ressemblait encore plus au roi que son frère. Louis XIV ne l'aurait pas fait tuer car ils étaient frères. Pour la même raison, il couvrit de faveurs son second demi-frère, Louis de Cavoye.

Dans son livre Petites histoires de l'art dentaire d'hier et d'aujourd'hui publié en 2006, Henri Lamendin reprend la thèse de Marie Madeleine Mast. Parlant de la grossesse d'Anne d'Autriche, il écrit que « dans les temps de la venue de cette grossesse vivaient, entre autres, dans l'entourage de la reine, une de ses dames d'honneur et son mari François Dauger de Cavoye, lesquels avaient déjà huit enfants ». Et certains auteurs ont avancé que ce dernier aurait pu être le géniteur opportun de l'enfant que l'on n'attendait plus. Pour étayer cette thèse, parmi beaucoup d'autres éléments sérieux, ils avancent la très grande ressemblance avec Louis XIV (qui en avait pris conscience) de deux des enfants Dauger de Cavoye (Eustache, né en 1637 et Louis, né en 1639), compagnons de jeux du jeune roi dans son enfance. Des portraits de Louis XIV et de Louis Dauger de Cavoye attestent de la frappante ressemblance de l'ensemble de leurs visages, dont « le même dessin de leur bouche et un petit creux identique sous la lèvre inférieure ». A contrario, « on ne peut imaginer visages plus dissemblables" que ceux de Louis XIII et de Louis XIV. (...) Par ailleurs, il n'a jamais été retrouvé trace de Eustache Dauger de Cavoye, ayant complètement disparu et dont personne ne sait ce qu'il en advint ».

Les théories de Maurice Duvivier, Rupert Furneaux, Jean d'Aillon et Marie Madeleine Mast ont en commun le fait de considérer que Eustache Dauger (ou d'Oger ou Oger) de Cavoye et Eustache Dauger de Pignerol sont la même personne. C'est l'historien Maurice Duvivier qui a découvert l'acte de baptême de Eustache Dauger de Cavoye.

"Registre de Saint-Eustache. Le 18 février 1639, fut baptisé Eustache, né le 30 août 1637, fils de Francois Dauger, escuier, sieur de Cavouet, capitaine des mousquetons de Monseigneur le Cardinal de Richelieu, et de dame Marie de Sérignan, demeurant rue des Bons-Enfants."

En 1659, il participe à l'Orgie de Roissy. En 1665, il tue un page et il est alors renié et déshérité par sa famille soit 4 ans avant l'arrivée de Eustache Dauger à Pignerol. Officiellement Eustache Dauger de Cavoye est mort à la prison de Saint-Lazare en 1680 et Jean-Christian Petitfils affirme que des preuves de sa présence dans cette prison bien après l'apparition du Masque de Fer attestent de l'impossibilité de cette thèse.


Qui connaissait le secret du masque de fer après 1703 ?

Selon Emile Laloy, auteur du livre "Le masque de fer" : Jacques Stuart de la Cloche, l'Abbe Prignani ; Roux de Marsilly" (1913), Louis XV est le dernier roi connaissant ce secret.

"Louis XV est le dernier roi auquel la légende attribue la connaissance de ce grand secret : Louis XVI l'ignorait complètement; son premier ministre, Malesherbes, fit faire des recherches dans les archives de la Bastille pour l'élucider; Chevalier, major de cette prison, en envoya le 19 novembre 1775 le résultat au ministre : il n'avait rien trouvé au-delà de ce qu'on savait déjà.

D'après une tradition communiquée par Mme d'Abrantès à Paul Lacroix, Napoléon aurait désiré vivement connaître le secret de l'énigme. Il ordonna des recherches qui restèrent sans résultat; ce fut en vain que pendant plusieurs années le secrétaire de M. de Talleyrand fureta dans les archives des Affaires étrangères et que M. le duc de Bassano appliqua toutes les lumières de son esprit judicieux à éclaircir les abords de ce ténébreux mystère historique."

Michel Chamillart, ministre de la guerre en 1703, connaissait aussi ce secret. Son gendre, le duc de La Feuillade, essaya de découvrir ce secret comme l'explique Voltaire.

"M. de Chamillart fut le dernier ministre qui eut cet étrange secret. Le second maréchal de La Feuillade, son gendre, m’a dit qu’à la mort de son beau-père, il le conjura à genoux de lui apprendre ce que c’était que cet homme, qu’on ne connut jamais que sous le nom de l’homme au masque de fer. Chamillart lui répondit que c’était le secret de l’État, et qu’il avait fait serment de ne le révéler jamais."

Selon l'historien Emmanuel Pénicaut, auteur d'une biographie de Michel Chamillart, "une tradition familiale veut que le secret ait été transmis de père en fils dans la famille Chamillart jusqu'à la mort du dernier porteur du nom, Lionel Chamillart, en 1926."

La thèse de Voltaire, progressivement complétée et dévoilée, des éditions successives du Siècle de Louis XIV et de son Supplément (1751, 1752, 1753) à la Suite de l'Essai sur l'Histoire générale (1763) et aux Questions sur l'Encyclopédie (1770 et 1771) est que l'Homme au masque de fer aurait été un frère jumeau de Louis XIV et, pour ajouter encore au piment de l'histoire, un frère aîné, que, pour une raison mal élucidée, Anne d'Autriche et Mazarin auraient écarté du trône et élevé dans un lieu secret jusqu'à ce qu'à la mort de Mazarin, Louis XIV découvre le pot-aux-roses et décide de prendre des précautions supplémentaires pour que l'affaire ne puisse être découverte.

Marcel Pagnol, s'appuyant notamment sur les circonstances de la naissance de Louis XIV, affirme que le Masque de fer serait bien un jumeau mais né en second, soit le cadet, et qui aurait été dissimulé pour éviter toute contestation sur le titulaire du trône. Les historiens qui rejettent cette thèse (dont Jean-Christian Petitfils), mettent en avant les conditions de l'accouchement de la reine. Celui-ci avait lieu en public, devant les principaux personnages de la cour. Or, selon Marcel Pagnol, juste après la naissance du futur louis XIV, Louis XIII entraîne toute la cour à la Chapelle du Château de saint-Germain pour célébrer en grandes pompes un Te Deum (événement relaté par Dumont, témoin de la scène, dans le Supplément au Corps Universel Diplomatique, Tome IV, page 176) ce qui est contraire aux usages qui veut que cette cérémonie se déroule plusieurs jours après les couches. Cela aurait permis à la reine de rester seule avec sa sage-femme qui aurait mis au monde le second enfant.

Pour éclaircir le contexte, il faut rappeler qu'il y avait à l'époque controverse sur le fait de savoir quel était l'aîné de deux jumeaux : celui ayant vu le jour en premier ou celui qui, voyant le jour en second, avait, pensait-on, été conçu en premier. Si un tel cas s'était présenté, le jumeau régnant aurait eu un grave problème de légitimité.

À l'appui également de la thèse d'un jumeau de Louis XIV, l'examen attentif de la généalogie des rois de France fait apparaître de multiples naissances gémellaires, tant chez les Capétiens, que les Valois, les Bourbons et enfin les Orléans3.

Cette thèse inspire Alexandre Dumas dans le Vicomte de Bragelonne et dans Les Jumeaux (drame inachevé, 1861).

Selon d'autres hypothèses, le Masque de fer aurait été un fils bâtard d'Anne d'Autriche, né pour les uns du duc de Buckingham (Luchet), pour d'autres d'un moine du nom de Fiacre (avec une naissance en 1636), pour d'autres encore du cardinal Mazarin (avec une naissance en 1644, soit longtemps après Louis XIV qui n'avait dès lors aucune raison d'emprisonner l'intéressé).

À noter que Louis XIV a bien eu un frère cadet, Monsieur, né deux ans après lui.

Nicolas Fouquet

Selon Pierre-Jacques Arrèse, reprenant une thèse de Paul Lacroix (1836), le Masque de fer ne serait autre que le surintendant Nicolas Fouquet, incarcéré à Pignerol en 1665.

Celui-ci est officiellement mort d'une attaque d'apoplexie à Pignerol à 65 ans le 23 mars 1680, vingt-trois ans avant le Masque de fer. Mais, selon les tenants de cette thèse, cette date serait fausse et le corps d'un codétenu, Dauger, qui servait de valet à Fouquet (voir ci-dessous), aurait été donné pour celui du surintendant. Cette mise en scène aurait été organisée par Colbert et Louvois afin d'empêcher la libération de Fouquet, qui était sur le point d'obtenir sa grâce et dont ils redoutaient l'habileté et l'influence. Cela étant, si Fouquet avait survécu jusqu'en 1703, il aurait vécu 88 ans, ce qui est beaucoup pour l'époque, même pour un prisonnier bénéficiant d'un traitement de faveur. Par ailleurs jamais un membre de sa famille n'a mis sa mort en doute par la suite. Néanmoins, la lettre Janséniste qui nous renseigne sur les basses manoeuvres de l'époque et où il est écrit que tous les hommes que l'on croit morts ne le sont pas, est écrite par Louis Fouquet, frère de Nicolas Fouquet. Sa famille n'a pas mis sa mort en doute par la suite; mais elle était placée sous surveillance et avait certainement intérêt à se taire. Aucun certificat de décès le concernant n'a été retrouvé, et aucun registre des morts n'était tenu dans ces prisons. Mais pourquoi aurait-on masqué Fouquet du jour au lendemain ? Certains prétendent que c'est pour éviter que ses fidéles ne le fassent évader, comme ça faillit être le cas en 1669, seulement ce fut l'unique cas et il s'est donc produit vingt-et-un avant la disparition officielle de Fouquet et l'apparition du Masque.

Selon certaines sources ("L'énigme sacrée" et "Le message" de Michael Baigent, Richard Leigh, Henry Lincoln, Pygmalion, Paul Guth, Mazarin, Flammarion, Rennes-le-Château de Gérard de Sède, Robert Laffon, Sociétés secrètes d'Alexandre Adler, éd. Grasset, Simone Bertière, Mazarin, le maitre du jeu, Éd. De Fallois), Fouquet aurait détenu un secret concernant le Vatican, car la famille Fouquet fut propritaire de l'église Notre Dame de Marceille pendant près de dix ans. Située dans la banlieue est de Limoux, au sud de Carcassonne, elle fut un lieu de culte Wisigoth. Ce peuple, en pillant Rome en 410, y aurait, selon les mêmes sources, trouvé certains manuscrits compromettants de l'église de Rome. Ils se sont installés ensuite dans la région de la propriété des Fouquet, qui deviendra plus tard le Pays Cathare. La famille Fouquet fit des fouilles souterraines sous l'église de Notre-Dame de Marceille et aurait trouvé le secret de l'église de Rome. Nicolas Fouquet ayant eu connaissance de ce secret, aurait fait chanter le Vatican; son frère Louis Fouquet a d'ailleurs eu des contacts avec le peintre Nicolas Poussin et il y a eu certaines lettres qui ont déjà étaient divulguées dans plusieurs livres, démontrant une chose d'une réelle importance; un secret particulier que ce peintre fera connaitre par des tableaux codés, Les Bergers d'Arcadie, le plus célèbre, a été peint dans les environs de 1646. Il représente des bergers qui montrent une tombe copiée sur celle qui se trouve près de Rennes-le-Château et sur laquelle le peintre Poussin a inscrit la devise des Seigneurs de Rennes-le-Château: "ET IN ARCADIA EGO". Beaucoup de choses se sont passées dans cette région et la famille est impliquée dans tous ces mystères. Nicolas Fouquet faisant ce chantage contre l'église de Rome se serait faché pour cette raison avec son frère Basile Fouquet, chef de la police secrète de Mazarin après une violente altercation, dont nombre d'historiens parlent sans en donner le motif.

À la même époque, l'évêque d'Alet, Nicolas Pavillon, designé par certains historiens comme étant le fils caché de Richelieu faisait aussi des recherches et devint détenteur d'un secret en 1646, date gravée dans la pierre sur le pilier droit de l'église de Rennes-le-Château, située près d'Alet... Or, c'est d'évidence c'est ce secret qui va donner en 1891 l'affaire Rennes-le-Château avec un petit curé qui le connaissant va probablement faire chanter le Vatican; de là sa richesse. Alric de Charnay signale, de plus, l'effacement récent d'une partie de la date 1646, le chiffre 1 a été recouvert, il ne reste donc plus que les chiffres 646

SAINT-MARS Bénigne DAUVERGNE de

° 1626 ; † 1708.

- Fils de Louis Dauvergne, écuyer, dit de Saint-Mars, et de Marie Garrot de Blainvilliers.

- Orphelin, il est élevé par son oncle maternel Zachée de Biot, seigneur de Blainvilliers. En 1638, à l'âge de 12 ans, il entre comme enfant de troupe dans la 1ère compagnie de mousquetaires, où il devient mousquetaire en 1650, puis brigadier en 1660 et maréchal des logis en 1661.

- Il entre dans l'histoire de France après la fête donnée en l'honneur de Louis XIV par Nicolas Fouquet, au château de Vaux-le-Vicomte (17 VIII 1661). Dès le 5 IX 1661, en effet, sous les ordres du capitaine d'Artagnan, il participe à l'arrestation, à Nantes, du surintendant Fouquet et de son premier commis, l'écrivain Paul Pellisson. Après un court séjour à Angers, les deux prisonniers sont conduits sous bonne escorte à Paris : Fouquet est enfermé dans le donjon du château de Vincennes, et Pellisson à la Bastille.

- En 1664, alors que le procès de Fouquet est presque fini, Saint-Mars est nommé gouverneur de la prison d'État de Pignerol, dans le Piémont. À ce titre, il ne commande que le donjon de la citadelle, à la tête d'une compagnie franche de 66 hommes. Le reste de la forteresse est placé sous le commandement d'un gouverneur particulier ayant le grade de lieutenant général, le marquis de Pienne, qui dirige une garnison de 600 hommes d'élite, chargée de surveiller la frontière entre la France et le duché de Savoie.

- Le 21 XII 1664, Fouquet est condamné par ses juges au bannissement, peine que le roi s'empresse de commuer en détention perpétuelle. L'ancien surintendant des Finances est alors conduit dès le lendemain, par d'Artagnan, jusqu'à Pignerol, où il est enfermé en janvier 1665 dans le donjon de la citadelle. Le capitaine Saint-Mars, devenu le geôlier d'un homme illustre, est secondé par le major Rosarges et par un porte-clefs nommé Antoine Rû, tous deux déjà en poste avant sa prise de fonction. Il ne tarde pas, toutefois, à s'entourer aussi de plusieurs membres de sa famille : son cousin Blainvilliers, qui devient son premier lieutenant, puis ses neveux Guillaume et Louis de Formanoir, qu'il engage comme cadets dans sa compagnie franche.

- Le 19 VII 1669, le marquis de Louvois, ministre de la Guerre, lui écrit pour lui annoncer l'arrivée imminente d'un prisonnier à mettre au secret le plus absolu, qui n'est qu'un simple valet mais dont personne ne doit voir le visage et connaître le nom véritable. Cette nouvelle lui est d'ailleurs confirmée dès le 26 VII 1669 par Louis XIV en personne, lequel signe le même jour, à Saint-Germain-en-Laye, une lettre de cachet à l'encontre du mystérieux personnage, qui est ainsi condamné sans avoir été jugé. L'infortuné valet que Saint-Mars doit isoler à jamais, dans un cachot muni de trois portes successives, est celui que Voltaire rendra célèbre sous le nom de l'homme au masque de fer, bien que cet homme ait toujours porté, en fait, un masque de velours noir. Arrêté depuis peu, à Calais, sous la fausse identité du valet Martin, le prisonnier sans visage serait le principal acolyte d'un conspirateur huguenot originaire du Languedoc, Roux de Marcilly, qui a été roué vif à Paris le 21 VI 1669. Pour une raison obscure, le valet énigmatique n'a pas subi le même sort : conduit à Pignerol par un major de Dunkerque nommé de Vauroy, il est incarcéré dès le 24 VIII 1669 dans le donjon gardé par Saint-Mars, ceci sous le faux nom d'Eustache Dauger.

- Cette nouvelle identité a été empruntée par Louvois à un homme que le roi connaît depuis son enfance : Eustache d'Oger de Cavoye, fils de l'ancienne dame d'honneur de la reine Anne d'Autriche, à savoir Marie Delort de Sérignan. Devenu lieutenant aux gardes françaises, cet officier aux mœurs dissolues a été chassé de l'armée, dépouillé de son droit d'aînesse par son frère Louis, qui n'a pas hésité à le faire enfermer à la prison de Saint-Lazare, à Paris, par une lettre de cachet établie par le roi en 1668.

- L'arrivée du faux Eustache Dauger à Pignerol, présenté comme un simple valet mais devant bénéficier, derrière les trois portes de son cachot, des égards dus à un prince, n'a pas arrangé les rapports, déjà difficiles, entre Saint-Mars, gouverneur du donjon, et le marquis de Pienne, gouverneur de la citadelle. Ce dernier, qui a reçu l'ordre du roi, signé le 26 VII 1669, de mettre son régiment à la disposition de Saint-Mars, refuse de soumettre ses troupes à un simple maréchal des logis faisant office de capitaine, et réclame au contraire le commandement suprême de la compagnie franche gardant la prison d'État à l'intérieur de la citadelle. La réponse de Louvois est cinglante, voire très humiliante pour un lieutenant général : «Monsieur de Saint-Mars est maître absolu dans son donjon». Ce rappel à l'ordre, qui confirme que la compagnie franche du donjon de Pignerol est placée sous la seule autorité de son capitaine, qui n'a de compte à rendre qu'au roi et à son ministre, entraînera la démission du marquis de Pienne, aussitôt remplacé par un gouverneur militaire plus conciliant.

- Les gros travaux entrepris pour aménager le cachot du faux Eustache Dauger, tenu au secret, n'ont pas manqué d'intriguer tout le monde. Le 12 IV 1670, Saint-Mars écrit au ministre de la Guerre : « Il y a des personnes qui sont quelquefois si curieuses de me demander des nouvelles de mon prisonnier, ou le sujet pourquoi je fais faire tant de retranchements pour sa sûreté, que je suis obligé de leur dire des contes jaunes pour me moquer d'eux ». Dès la fin des travaux, dans une lettre envoyée le 9 VII 1670, Louvois annonce donc son arrivée imminente à monsieur de Saint-Jacques, le nouveau gouverneur de la citadelle de Pignerol. Il arrive sur place dans la soirée du 8 VIII 1670, accompagné de Vauban* et d'un juge d'instruction. Sitôt rentré à Paris, après avoir rencontré Saint-Mars dans son donjon, il ordonne le 27 VIII 1670 de remplacer toute la garnison de la citadelle, ainsi que le nouveau gouverneur. Il ne garde à Pignerol que la compagnie franche attachée à Saint-Mars, qu'il protège par une nouvelle garnison.

- Le 25 XI 1671, un troisième prisonnier est interné dans le donjon de Pignerol : il s'agit du duc de Lauzun, le fiancé de la duchesse de Montpensier*, cousine germaine du roi. Contrairement à Fouquet et à Eustache Dauger, le nouvel arrivé rend aussitôt la vie difficile à Saint-Mars, refusant de manger et de se laver, et laissant éclater sa colère contre ses gardiens. Trois autres prisonniers sont ensuite mis au cachot à Pignerol : un moine jacobin en 1674, un certain Dubreuil en 1676, puis un intrigant italien nommé Ercole Antonio Matthioli, arrêté le 2 V 1679 pour avoir trahi la confiance de Louis XIV et de Louvois.

- Lorsque Matthioli arrive à Pignerol, Fouquet bénéficie depuis peu d'un régime carcéral plus clément : Eustache Dauger lui tient souvent compagnie depuis 1677, comme valet attaché à son service, et le duc de Lauzun peut venir lui rendre visite depuis le début de l'année, par permission royale du 18 I 1679. Saint-Mars doit veiller, cependant, à ce que Lauzun ne rencontre jamais le faux Dauger, lequel ne doit jamais révéler sa véritable identité à Fouquet. En 1679, Fouquet peut même accueillir sa fille à Pignerol, qui est logée près de lui dans un cachot du donjon.

- À la Cour, on pense déjà à une prochaine libération de l'ancien surintendant des Finances. Mais le 23 III 1680, la fille du prisonnier étant rentrée à Paris, Saint-Mars écrit à Louvois pour lui annoncer la mort subite de Fouquet. Dès le 8 IV 1680, le ministre de la Guerre lui répond qu'il faut répandre la nouvelle, à Pignerol, que les nommés Dauger et La Rivière, les deux valets du défunt, ont été libérés, tout en veillant à les transférer dans des oubliettes, dans les caves du donjon. Louvois éloigne ainsi deux témoins gênants, Saint-Mars étant soupçonné d'avoir empoisonné Fouquet sur l'ordre expresse du ministre.

- En 1681, le duc de Lauzun est relaxé. Il peut retrouver la duchesse de Montpensier*, qu'il finit par épouser. Pour isoler les deux témoins de la mort de Fouquet, Saint-Mars est nommé gouverneur du fort d'Exilles, dans le Piémont. Il apprend la nouvelle par une lettre de Louvois datée du 12 V 1681, et reçoit ses lettres de provision le 24 VI 1681. Après avoir fait aménager sur place des cachots, dont l'un est muni de trois portes successives, il revient chercher à Pignerol les deux prisonniers enfermés dans les oubliettes du donjon, puis repart avec eux le 10 X 1681, escorté de sa compagnie franche réduite à 45 hommes. Il ne laisse à Pignerol que trois reclus de moindre importance : le moine jacobin, ainsi que Dubreuil et Matthioli.

- Pendant tout son séjour au fort d'Exilles, Saint-Mars ne sera le geôlier que du valet La Rivière et du prétendu valet Eustache Dauger. Le premier prisonnier, qui n'a jamais été accusé, jugé et condamné, mais qui connaît le secret de la mort de Fouquet, décède au fort d'Exilles le 4 I 1687. Son trépas intervient juste avant un nouveau transfert : le roi, en effet, par son ministre Louvois, accorde le 13 I 1687 à Saint-Mars le gouvernement de la forteresse provençale de Sainte-Marguerite, sur une île de la baie de Cannes. Dès le 17 IV 1687, Saint-Mars quitte donc le fort d'Exilles avec toute sa compagnie, emmenant avec lui le seul prisonnier qui lui reste. Celui-ci est convoyé jusqu'en Provence dans une chaise à porteurs recouverte d'une bâche, portée par huit Italiens ne comprenant pas le français. Arrivé dans sa nouvelle prison le 30 IV 1687, il est aussitôt enfermé dans un cachot de 30 m2, avec vue sur la mer. Ses gardiens lui donnent alors le surnom de La Tour.

- À Sainte-Marguerite, Saint-Mars doit s'occuper d'autres prisonniers : il trouve sur place le chevalier de Chézut et une demi-douzaine de pasteurs protestants. Sa principale mission reste toutefois la garde du faux Eustache Dauger, qu'il autorise à se promener avec lui dans l'île, à condition de porter sur le visage un masque de velours noir. Comme il a besoin de s'entourer d'hommes de confiance, il obtient en 1693 le grade de lieutenant pour son neveu Guillaume de Formanoir, et engage dans sa compagnie franche son troisième neveu, Joseph de Formanoir, qui commence sa carrière militaire comme simple cadet.

- En 1694, Saint-Mars doit accueillir à Sainte-Marguerite les trois prisonniers qu'il avait laissés en 1681 à Pignerol. Si le moine jacobin et le nommé Dubreuil atteignent l'île en bon état, Matthioli décède peu après son arrivée. C'est l'occasion pour Saint-Mars de conférer à son prisonnier masqué une nouvelle identité factice, puisque depuis 1680 le faux Eustache Dauger est officiellement libre : l'homme au masque de velours garde son surnom de La Tour, mais en fait il devient secrètement Matthioli.

- En mai 1698, le geôlier de Sainte-Marguerite est promu au poste de gouverneur de la Bastille, à Paris. Il est âgé de 72 ans, mais accepte ces nouvelles responsabilités qui sont très bien rémunérées. Saint-Mars quitte donc la Provence avec ses vieux compagnons : le porte-clefs Antoine Rû, le major Rosarges, et le lieutenant Guillaume de Formanoir. Il n'emmène avec lui qu'un seul prisonnier, celui qui porte toujours un masque de velours noir.

- En chemin, Saint-Mars s'arrête sur ses terres. Depuis une vingtaine d'années, il possède en effet la seigneurie et le manoir de Palteau, à Armeau (Yonne), dont il a hérité de Cantien Garrot. Il possède aussi une partie de Dixmont. Jusqu'en 1682 environ, ses terres ont été administrées par François Le Breton, seigneur par sa femme de la métairie de Gumery, fief démembré des hautes censives royales de Dixmont. Ses terres ont ensuite été gérées par un certain Marin Berthier, avant d'être confiées à un autre receveur nommé Jean Franjou, exerçant les activités de marchand, drapier, meunier et laboureur, ainsi que de praticien et de greffier à la prévôté royale de Dixmont. Ce dernier, doué d'un sens aigu des affaires, a entrepris de reconstituer au profit de Saint-Mars l'ensemble de l'ancienne châtellenie royale de Dixmont, inféodée au comté de Sens : pour ce faire, il s'est mis à racheter tous les fiefs relevant de cette châtellenie, profitant de l'endettement des petits seigneurs locaux. Il a même entamé un long procès contre la veuve de l'ancien receveur François Le Breton, le 22 XII 1687, puis contre son fils Edme, pour les contraindre à céder le fief du Gumery, déjà hypothéqué.

- En 1698, lorsque Saint-Mars arrive sur ses terres avec son prisonnier, le procès est toujours en cours. Un conflit déchire également les contribuables de Dixmont, opposant les habitants du hameau des Brûleries aux autres habitants de la paroisse. Le 30 IV 1697, en effet, devant le notaire royal Marin Berthier, ancien receveur de Saint-Mars, les membres de la communauté villageoise des Brûleries ont déclaré vouloir constituer leur hameau en circonscription fiscale séparée, indépendante de celle de Dixmont. Ils ont appuyé leur demande sur ce constat : «Le hameau appelé Palteau, dépendant de la paroisse d'Armeau, a été tiré du rôle des tailles dudit Armeau depuis peu de temps, en ça quoi qu'il n'y ait aucune église audit Palteau, sinon une petite chapelle, et que ledit hameau n'est composé que de quarante ou quarante-cinq habitants».

- C'est dans ce hameau devenu autonome, à Armeau, que Saint-Mars a séjourné en se rendant à Paris. Son passage restera longtemps gravé dans la mémoire des villageois. Le petit-neveu du geôlier, Guillaume Louis de Formanoir de Palteau, en témoignera dans une lettre du 19 VI 1768, publiée par Fréron : « En 1698, monsieur de Saint-Mars passa du gouvernement des îles Sainte-Marguerite à celui de la Bastille. En venant en prendre possession, il séjourna avec son prisonnier à sa terre de Palteau. L'Homme au Masque arriva dans une litière qui précédait celle de monsieur de Saint-Mars ; ils étaient accompagnés de plusieurs gens à cheval. Les paysans allèrent au-devant de leur seigneur. Monsieur de Saint-Mars mangea avec son prisonnier, qui avait le dos opposé aux croisées de la salle à manger qui donnent sur la cour. Les paysans que j'ai interrogés ne purent voir s'il mangeait avec son masque ; mais ils observèrent très bien que monsieur de Saint-Mars, qui était à table vis-à-vis de lui, avait deux pistolets à côté de son assiette. Ils n'avaient pour les servir qu'un seul valet de chambre, qui allait chercher les plats qu'on lui apportait dans l'antichambre, fermant soigneusement sur lui la porte de la salle à manger. Lorsque le prisonnier traversait la cour, il avait toujours son masque noir sur le visage ; les paysans remarquèrent qu'on lui voyait les dents et les lèvres, qu'il était grand et avait les cheveux blancs. Monsieur de Saint-Mars coucha dans un lit qu'on lui avait dressé auprès de celui de l'Homme au Masque » [lettre publiée dans l'Année littéraire].

- Le séjour à Palteau du geôlier et du prisonnier n'a duré que deux ou trois jours. Dès le 18 IX 1698, Saint-Mars arrive à Paris, où il enferme aussitôt l'homme au masque de velours noir dans un cachot à la Bastille. Ses nouvelles fonctions, qui ont accru ses revenus et l'ont rapproché de l'Yonne, lui permettent d'agrandir son domaine icaunais. Depuis 1460, la châtellenie de Dixmont qu'il convoite est divisée entre deux seigneurs censiers : le roi de France, qui possède le fief des hautes censives royales de Dixmont, regroupant les trois paroisses de Dixmont, Les Bordes et Villechétive ; et le prieur de Notre-Dame-du-Charnier, à Sens, qui possède la seigneurie d'Armeau au sein de ladite châtellenie. En 1700, Saint-Mars commence par acquérir la totalité de la seigneurie dépendant du prieuré de Sens. Puis, après avoir gagné son procès en 1702 contre Edme Le Breton, qui finit par lui céder la métairie du Gumery, il obtient du roi tout le fief des hautes censives royales de Dixmont, en 1703, en échange de propriétés qu'il possède tout près de Versailles. Il devient ainsi le seigneur censier et justicier de quatre paroisses contiguës, dans l'Yonne, formant ensemble la châtellenie de Dixmont.

- Ce vaste domaine aurait dû revenir en entier à Jacques Bénigne, le dernier fils survivant de Saint-Mars. Mais ce jeune héritier, devenu soldat comme son père, est tué le 15 XI 1703 à la bataille de Spire. Quatre jours plus tard, c'est l'homme au masque de velours noir qui décède à son tour. Mort à la Bastille le 19 XI 1703, après 34 ans de captivité dans quatre prisons différentes, il est inhumé le lendemain dans le cimetière de l'église Saint-Paul, à Paris, ceci sous une fausse identité : celle de l'intrigant italien Matthioli, mort en 1694, dont le nom a été estropié en Marchialy ou bien de Marchiel selon les sources. Dans l'acte de décès, l'âge attribué au défunt n'est que de 45 ans, c'est-à-dire une vingtaine d'années de moins que son âge réel.

- Saint-Mars meurt quant à lui en 1708, à l'âge de 82 ans. Sa longue discrétion au sujet de l'homme masqué lui aura rapporté un titre de noblesse en 1673, une châtellenie en 1703, et une fortune considérable qu'il ne pourra léguer à ses deux fils, tous deux morts avant lui. Ce sont ses trois neveux, Guillaume, Louis et Joseph de Formanoir, qui se partageront tous ses biens.

x (Pignerol, 1669) Marie Antoinette Colot, dont la sœur est la maîtresse de Louvois, et dont le frère, à savoir le sieur Damorezan, est commissaire des guerres. D'où deux fils : 1) Bernard (Ubataille de Neerwinden, 29 VII 1693) ; 2) Jacques Bénigne (Ubataille de Spire, 15XI 1703).


La famille de Formanoir

I.

Eloi, beau-frère de Saint-Mars. Devenu mousquetaire au régiment des gardes françaises, il participe aux sièges des villes d'Arras (1654), Landrecies (1655), Condé (1655), Valenciennes (1656), et Montmédy (1657). À la bataille des Dunes (14 VI 1658), il est blessé « à la main droite et au visage, après avoir pris deux drapeaux à l'ennemi ». Il obtient alors le commandement d'une compagnie. Mis à la retraite en 1664, il devient gentilhomme ordinaire de la maison du duc d'Orléans, frère puîné du roi. À la demande du duc, il est anobli en janvier 1667, en récompense de ses faits d'armes (1654-1664).

x (ca.1648) Marguerite Dauvergne de Saint-Mars, fille de Louis, écuyer, & Marie Garrot de Blainvilliers, et sœur du geôlier de Fouquet, Lauzun et du Masque de Fer. D'où :

II.

1. Guillaume. Né en 1649, il s'engage en 1664 comme cadet dans la compagnie franche de son oncle Saint-Mars, à la prison d'État de Pignerol. Il suit son oncle à Exilles en 1681, puis à Sainte-Marguerite en 1687. En 1693, il est promu au rang de lieutenant. Lorsque Saint-Mars est muté à Paris, en 1698, il le suit une fois de plus et devient l'un des administrateurs de la Bastille. À la mort de son oncle, en 1708, il espère le remplacer à la tête de cette prison ; ses espoirs ayant été déçus, il finit par démissionner et se retire dans le manoir icaunais de Palteau, qu'il a hérité de son oncle, décédé sans enfant.

x (ca.1711) N., d'où III.a.

2. Louis. Comme son frère Guillaume, il devient cadet dans la compagnie franche de son oncle Saint-Mars, alors que celui-ci est encore gouverneur du donjon situé dans la citadelle de Pignerol (1664-1681). Il accompagne ensuite son oncle à Exilles en 1681, puis à Sainte-Marguerite en 1687, mais il ne le suit pas à la Bastille en 1698.

3. Joseph, † Montfort-l'Amaury (78), 18 II 1732. Entré lui aussi comme cadet dans la compagnie franche de son oncle Saint-Mars, tandis que celui-ci est gouverneur de la forteresse de Sainte-Marguerite (1687-1698), il reste sur place quand son oncle est muté à Paris, en 1698. En 1714, il obtient le commandement de la forteresse, puis il quitte cette prison insulaire pour devenir capitaine de grenadiers au régiment du Bugey. Ecuyer, chevalier de Saint-Louis, il reprend le nom de sieur de Saint-Mars.

x (ca.1715) Geneviève Raymonde Breget, d'où III.b.


III.a.

Guillaume-Louis de Formanoir de Palteau, ° 1712. En 1768, il est membre de l'Académie royale d'agriculture. Dès sa jeunesse (1722-1730), il s'intéresse au Masque de Fer, interrogeant le vieux Blainvilliers qui a servi comme premier lieutenant de Saint-Mars. Plus tard, à Armeau, il questionne également les paysans du hameau de Palteau qui ont vu l'homme masqué dans le manoir de leur maître en 1698. Le 19 VI 1768, dans ce même manoir, il rédige une lettre destinée à Élie Fréron, qui sera publiée dans les colonnes de l'Année littéraire (30 VI 1768). Il y rapporte les témoignages de Blainvilliers et des paysans : il précise que le Masque de Fer portait le surnom de La Tour lors de son séjour à Sainte-Marguerite et à la Bastille, et que ce prisonnier « était blanc de visage, grand et bien fait de son corps, ayant la jambe un peu trop fournie par le bas, et les cheveux blancs, quoi qu'il ne fût que dans la force de l'âge » ; il ajoute qu'il était toujours vêtu de brun, et qu'il n'avait aucun accent étranger.

III.b.

1. Claude-Joseph de Formanoir de Saint-Mars.

Mousquetaire, chevalier de Saint-Louis. Il prend sa retraite avec le grade de brigadier des armées du roi.

2. François de Formanoir de Saint-Mars*.

[Marcel Pagnol : Le secret du Masque de Fer ; Jean-Luc Dauphin : EJ 21 (1977) 23 ; Alain Noël : Trois levrettes de sable au champ d'argent, Encyclopédie généalogique de l'Yonne, Cahier d'études micro-historiques I 11-12, II 21 ; Havard de La Montagne, Études rétiviennes n°9 (1988) 75-90]


SAINT-MARS François de FORMANOIR de

° Montfort-l'Amaury (78), 28 III 1716 ; † Paris (75), le 23 pluviôse an III (11 II 1795).

- Fils de Joseph de Formanoir, écuyer, dit de Saint-Mars, et de Geneviève Raymonde Breget.

- À la mort de son père, en 1732, il est page de la duchesse du Maine, au château de Sceaux. En 1733, il s'engage dans le corps royal d'artillerie, comme surnuméraire, puis il est promu au rang d'officier pointeur en 1734. Il participe à la guerre de Succession d'Autriche (1741-1748), puis à la guerre de Sept ans (1756-1763). En tout, de 1741 à 1763, il prend part à douze campagnes militaires, participant à quinze sièges, quatre batailles et sept expéditions. Il se bat contre les Anglais à Fontenoy (11 V 1745), puis devient commissaire ordinaire en 1746, avec rang de capitaine en second. Il est blessé à Berg-op-Zoom en 1747, ainsi qu'à Wolfenbüttel. Décoré en 1748 de la croix de chevalier de Saint-Louis, il est promu au grade de lieutenant-colonel en 1760, puis est nommé colonel du régiment de Strasbourg le 19 II 1766. Il devient ensuite brigadier (1769), maréchal de camp (1 III 1780), et enfin inspecteur général du corps royal d'artillerie (5 IV 1780).

- C'est après cette promotion finale qu'il entre en contact avec Nicolas Rétif* de La Bretonne, dont il a lu plusieurs écrits avec ravissement. Il lui écrit une première lettre dès le printemps 1780, puis, à partir de 1784, l'invite souvent à dîner chez lui, en la rue Saint-Maur à Paris (située en la paroisse Sainte-Marguerite). En 1786, ce vieux célibataire de 70 ans s'éprend de Marianne, la fille cadette de Rétif de La Bretonne, âgée d'à peine 18 ans. Mais il sait garder le sens des réalités, contrairement à Rétif de La Bretonne qui imagine déjà sa fille mariée au maréchal de camp, malgré la différence d'âge et de condition. Le 15 V 1786, en effet, dans le deuxième volume des Parisiennes, le littérateur de l'Yonne écrit à ce propos : « Peut-être paraîtra-t-il contre la convenance d'exciter les hommes riches à épouser une fille pauvre ? Je déclare que je pense tout le contraire ». Dans le texte qui suit cette profession de foi, l'écrivain met alors en scène sa fille cadette, qu'il appelle Marianne de Marnicour, et le vieux soupirant, auquel il donne le nom de chevalier de Saint-Sarmin. Mais le vieux maréchal de camp, dans la réalité, ne donne pas suite à son penchant pour la fille de Rétif de La Bretonne : en 1787, il préfère se marier avec une femme de 36 ans, d'une famille noble, originaire de Molinons dans l'Yonne. Dès lors, il cessera de fréquenter l'écrivain et sa jeune fille.

- À la Révolution, François de Formanoir de Saint-Mars est mis à la retraite. Le 18 VI 1791, le nouveau ministre de la Guerre lui accorde une pension de dix mille francs, qu'il ne touchera pas. Sa femme, après sa mort, sera obligée de demander une aide de l'État à la Restauration.

- Le vieux maréchal de camp a laissé quelques traces dans l'œuvre de Rétif de La Bretonne. Personnage récurrent, il apparaît dans divers textes de l'écrivain, sous les noms de Saint-Sarm et Saint-Sarmin, voire Remier, Quésimars ou bien Marsaint. En 1794, dans Monsieur Nicolas, Rétif de La Bretonne écrira : « Le plus heureux temps de ma vie paternelle a été mon intimité avec le bon chevalier de Saint-Sarm. Il était d'un caractère parfait, aimant, naïf avec grâce, franc, loyal chevalier ». Comme cet officier était aussi l'un des petits-neveux de Bénigne Dauvergne de Saint-Mars*, geôlier du Masque de Fer, l'écrivain icaunais évoquera le cas du prisonnier mystérieux, en 1802, ceci dans Les Posthumes : répétant sans doute ce que lui avait dit le vieux maréchal de camp, il prétendra que l'homme masqué était en fait le frère aîné de Louis XIV, né comme le roi des amours adultérines de la reine Anne d'Autriche avec le cardinal de Mazarin.

x (c.m. Paris, maître Delamotte, le 20 X 1787) Catherine Elisabeth Félicité de Stavayé*, fille d'André Hippolyte de Stavayé, chevalier, seigneur de Molinons (89), capitaine au régiment Royal-infanterie, et de feue Catherine Caillat ; ° Molinons (89), 9 XII 1750 ; † Paris (75), 28 II 1830.

Egger Ph.

vendredi 19 août 2011

La compagnie aérienne Swiss se dote d'un nouveau logo

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La compagnie aérienne Swiss, en mains du groupe allemand Lufthansa, misera dès le mois d'octobre sur une nouvelle image de marque. Le nouveau logo n'est pas sans évoquer celui de la défunte Swissair.

Le concept vise à affirmer encore plus l'identité helvétique de la compagnie, a indiqué Swiss jeudi. Le remplacement des anciens logos durera quelques mois. Le montant de l'opération se situe entre 5 et 9 millions de francs.

ATS

mercredi 17 août 2011

L'Europe : non merci !

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Egger Ph.

Un lutteur se fait trancher la gorge

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Deux individus ont agressé un homme de 45 ans lundi soir dans un restaurant à Interlaken (BE). Ils l'ont traité de «sale Suisse» sans raison apparente, avant de l'attaquer. Sa vie n’est désormais plus en danger.



Le lutteur a été médaillé douze fois.



Un homme de 45 ans s’est fait insulter et attaquer au couteau par deux individus d’origine kosovare lundi soir dans un restaurant à Interlaken (BE). La victime, un lutteur buvait tranquillement une bière avec un ami sur la terrasse de l’établissement quand un taxi s’est arrêté devant eux pour laisser sortir les deux agresseurs. Ces derniers ont alors crié «Sales Suisses! Bandes de cons!», raconte un témoin au «Blick».

La victime leur aurait demandé ce qui se passait. «Il a ensuite pris son verre de bière et fait semblant de les asperger», précise le témoin. «Un des Kosovar a alors directement sorti un couteau et le lui a planté dans la gorge. Son sang giclait partout.»

L’ami du lutteur a réagi rapidement et l’a conduit à l’hôpital. L'homme a survécu aux blessures et a pu quitter les soins intensifs mardi après-midi. Les deux agresseurs, eux, ont pu être interpellés par la police cantonale bernoise la nuit même vers 1h, indique un communiqué de presse de la police. Les hommes de 31 et 33 ans sont actuellement en garde à vue. Les circonstances du drame ainsi que le motif des agresseurs sont en cours d’examen.

20minutesOnline

mardi 16 août 2011

Touche pas à ma saucisse de veau

Glaris veut protéger sa saucisse de veau. Une demande d'enregistrement en tant qu'indication géographique protégée (IGP) a été publiée mardi dans la Feuille officielle du commerce.




Lorsqu'un nom est protégé, seuls les producteurs vivant dans une région définie et respectant un cahier des charges précis peuvent l'utiliser. La saucisse glaronnaise est composée de viande de veau et de porc, de lard, de lait et d'épices. Elle se distingue des autres saucisses de veau par l'ajout de pain blanc et par une note prononcée de noix de muscade.

Cette touche panée n'a pas été sans poser problème. La recette était tellement controversée au début du 20e siècle que la Landsgemeinde du canton l'a définie en 1920 dans une loi. Mais législation fédérale interdisait l'ajout d'ingrédients non carnés.

Les bouchers glaronnais ont fini par obtenir une dérogation en 1957. La controverse s'est définitivement close en 1992, lorsque l'ajout de pain à la chair à saucisse a été autorisé par la loi fédérale sur les denrées alimentaires, a expliqué l'Office fédéral de l'agriculture.

La saucisse glaronnaise est, selon la tradition, cuite dans une sauce blanche aux oignons. Elle se mange accompagnée de purée de pommes de terre et de pruneaux secs cuits.

La longeole genevoise, saucisse de porc agrémentée de graines de fenouil, détient aussi une IGP. Il en va de même pour la saucisse d'Ajoie, les saucissons vaudois et neuchâtelois, la saucisse aux choux vaudoise et la saucisse st-galloise de l'Olma, par exemple.

ATS

Franc fort: acheter futé à l’étranger

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Euro, dollar, livre sterling... Les taux de change dopent le pouvoir d’achat des Suisses, pour autant qu'ils sortent du pays. Conseils et sélection de bonnes affaires.

Depuis deux ans, l’euro baisse, la livre sterling s’effondre et le dollar touche le fond. Pourtant, le prix des biens importés ne diminue pas en Suisse. Pire, l’indice des prix a même augmenté de 0,5% l’an dernier, tandis que l’euro perdait 15% de sa valeur. Un paradoxe qui ressemble à une confiscation. Le Secrétariat à l’économie (Seco) en convient timidement, lui qui signale dans un communiqué qu’«en comparaison internationale, la Suisse compte actuellement parmi les pays dans lesquels la répercussion des variations de change est plutôt inférieure à la moyenne».

Dans plusieurs secteurs, des ententes verticales entre fabricants, importateurs et distributeurs sont mises en cause. Grâce au franc fort, et au détriment des consommateurs, ces acteurs augmentent considérablement leur marge. La Commission de la concurrence a ouvert une série d’enquêtes à ce sujet l’an dernier. Notamment à l’encontre du groupe BMW qu’elle soupçonne d’entraver les importations parallèles de véhicules BMW et Mini. Le secteur automobile apparaît d’ailleurs comme celui où les disparités de prix avec l’Union européenne sont les plus importantes.

Dans la grande distribution, on retrouve aussi des écarts de prix importants. Certes, la majorité des produits vendus dans nos supermarchés sont fabriqués en Suisse et ne bénéficient pas du taux de change favorable. Mais, sur une longue liste de produits importés, ces avantages monétaires n’apparaissent pas plus. Des abus tels que le surveillant des prix Stefan Meierhans conseille carrément aux consommateurs suisses d’aller faire leurs achats hors du pays. Même la très protectionniste Fédération romande des consommateurs tient le même discours! «Jusqu’à maintenant, nous évitions de recommander d’aller à l’étranger pour défendre l’emploi en Suisse, dit Nadia Thiongane, économiste à la FRC. Nous trouvions également peu écologique de rouler des kilomètres pour s’approvisionner de l’autre côté de la frontière. Mais à force de voir que les prix n’évoluent pas dans le sens du consommateur, notre position s’infléchit. Aller faire les courses à l’étranger, c’est un moyen de faire pression sur les distributeurs.»

Les concernés donnent diverses explications à ces prix élevés. Pour Coop, c’est la faute aux autres: «Coop s’engage pour que les consommateurs profitent des avantages de change. L’an dernier, nous avons baissé les prix de 400 articles en lien avec le taux de change, assure Denise Stadler, porte-parole du distributeur. Cette année, nous avons étendu cette mesure à 2000 articles, dont environ 200 en lien avec la faiblesse de l’euro. Pour faire pression sur les fournisseurs, nous avons aussi recours ponctuellement aux importations parallèles. Nous faisons profiter à nos clients des avantages de prix sous forme d’actions. Mais lorsque Coop achète par la “voie officielle”, chez des fournisseurs basés en Suisse, cela peut entraîner un net renchérissement par rapport à l’étranger.»

Mauvaise foi? Exemple extrême, une crème solaire Nivea, annoncée en baisse de 4% chez Coop à 20 francs, est vendue l’équivalent de 10 francs en Allemagne, soit à moitié prix*. «Sur le marché suisse, cette crème est fournie par Beiersdorf Suisse qui nous propose un prix d’achat substantiellement plus cher qu’en Allemagne, explique Denise Stadler. De plus, avec l’introduction du principe du Cassis de Dijon (qui facilite l’accès au marché suisse pour les produits européens, ndlr), ce produit peut désormais être vendu avec une notice en une seule langue. Cela signifie que nous ne pouvons l’écouler qu’en Suisse alémanique et pas au Tessin ni en Suisse romande. La logistique s’en trouve compliquée et renchérie.»

Dans les chaînes internationales comme Ikea où des écarts de prix d’environ 30% sont aussi détectables, on objecte que les catalogues et des millions d’étiquettes de prix ont été imprimés en début d’année, lorsque l’euro se maintenait au niveau de 1,30 franc, alors qu’il n’en vaut plus que 1,16 aujourd’hui*. «Nous allons baisser une grande partie de nos prix dans notre prochain catalogue à paraître en août, promet David Affentranger, porte-parole du géant suédois. Par exemple, le canapé trois places Ektorp (actuellement 699 francs, ndlr) coûtera 100 francs de moins.»

Quoi qu’il en soit (raisons valables ou mauvaise foi crasse), le fait est que les répercussions à la baisse ont du mal à intervenir. Pour y remédier, la Fédération romande des consommateurs a demandé à Johann Schneider-Ammann l’organisation d’une table ronde avec tous les acteurs du marché. D’ici là, le consommateur a pour arme d’acheter malin en évitant les canaux qui distribuent des marchandises en franc suisse, c’est-à-dire: l’internet, les importations directes et les achats pendant les vacances à l’étranger.

Grande consommation

En raison de la politique protectionniste de la Suisse dans le secteur agricole, la viande, les fruits et les légumes sont meilleur marché en France. La perte de 25% de valeur de l’euro ces deux dernières années renforce encore les différences de prix. Ainsi, le kilo de bananes qui coûte 3,50 francs à la Migros s’achète pour l’équivalent de 1,90 franc (-46%) chez Carrefour de l’autre côté de la frontière. Et les côtelettes de veau passent de 51 francs le kilo en Suisse à 22 francs le kilo en France (-57%). Plus impressionnant encore, le kilo de steak de bœuf, qui coûte 44,50 francs à la Migros, s’achète 15,20 francs en France, presque trois fois moins cher! Il semble logique que sur ce type de denrées, dont l’approvisionnement se fait pour partie en Suisse, les écarts de prix se creusent. On s’étonne par contre de voir que des produits de marques similaires comme le jus d’orange sanguine Tropicana (à 5,50 francs en Suisse contre 3,20 francs en France) ou le Boursin ail et fines herbes (à 3,75 francs contre 2 francs) soient vendus respectivement 42% et 47% moins cher en France.

A cette partie, Migros joue sur les deux tableaux puisque le distributeur pratique des prix suisses à Genève et des prix français dans ses enseignes de l’Ain et de Haute-Savoie. Claude Deffaugt, directeur général de Migros France, a pourtant refusé de commenter les écarts d’étiquetage entre les filiales du même groupe, préférant nous expliquer par écrit qu’«une comparaison qui ne prendrait pas en compte une analyse exhaustive des paramètres et des conséquences à moyen et long terme pourrait induire une appréciation non réaliste»…

Plus pragmatique, le consommateur, lui, fait vite le calcul. Son pouvoir d’achat est multiplié au-delà de la frontière. Et autant qu’il en profite. Attention tout de même à ne pas dépasser la somme de 300 francs par trajet, audessus de laquelle la douane perçoit des redevances d’importation.

Vacances

«Je rentre de quelques jours à New York. C’est ahurissant le pouvoir d’achat qu’on a avec le franc suisse», s’exclame Serge Bacher, responsable des ventes pour la Suisse romande chez Kuoni. Mais c’est aussi dans toute la zone euro et en Grande-Bretagne que ce sentiment d’être tout d’un coup plus riche va animer les Suisses pendant leurs vacances cet été.

Sans surprise, les ventes vers ces destinations s’envolent. «Les Etats-Unis marchent très fort, tout comme la Grèce et les Baléares», confirme l’agent de voyages. Pour profiter du franc fort, mieux vaut choisir un voyage sur mesure que sur catalogue. On obtient par ce biais billets d’avion, nuits d’hôtel et liaisons intérieures au taux du jour. Les voyagistes ont fixé les tarifs de leurs forfaits avec leurs touropérateurs, il y a quelques mois, lorsque le franc ne valait comparativement pas autant.

Renforcé par la désaffection pour la Tunisie et l’Egypte en lien avec les révolutions arabes, le succès des plages européennes a tout de même pour conséquence fâcheuse une raréfaction des places. «Cette année, les gens ont moins spéculé sur les last minute et réservé tôt. Il devient difficile de trouver des places pour les Baléares notamment», avertit Serge Bacher.

Autre gros succès saisonnier, la Grèce et ses îles n’est pourtant pas bradée, contrairement à ce que l’on pourrait croire. La crise de la dette a obligé le gouvernement Papandréou à relever le taux de TVA, ce qui réduit les effets avantageux du change. Mais quand on est si riche, autant donner un coup de pouce aux plus démunis en consommant chez eux, n’est-ce pas?

Automobile

La Suisse importe l’intégralité des véhicules à moteur de son marché. La fluctuation du change devrait donc particulièrement se faire ressentir chez les concessionnaires. Mais la réalité ne suit pas du tout cette logique comptable. «Le prix des véhicules particuliers est manifestement découplé de l’évolution des prix dans le pays de fabrication et des variations du cours de change», relève ainsi le Seco. Une remarque qui se confirme dans le détail. «Chez nous, il n’y a eu aucune baisse de prix», confirme un vendeur du garage Emil Frey à Crissier qui nous renvoie à l’importateur.

De forts soupçons d’entente verticale pèsent sur l’industrie automobile. La Commission de la concurrence accuse différentes marques d’intimider leurs revendeurs européens pour limiter les importations directes vers la Suisse. Elle rendra publics les résultats de son enquête sur ce point à la fin de l’année, selon son vice-directeur Olivier Schaller. Difficile de dire quel sera l’impact de ces résultats sur l’ensemble du secteur. D’ici là, l’importation directe, lorsqu’elle est possible, demeure le meilleur moyen de faire des économies. Depuis 1995, les prescriptions techniques suisses sont quasiment conformes à celles de l’Union européenne, ce qui facilite ce type d’achat. De nombreux garages et mandataires opèrent sur ce marché. En dépit des frais de douane, de transport et la commission d’environ 5% du mandataire, on peut gagner près de 20% sur l’achat d’un véhicule neuf. «J’ai le cas d’un client qui offre une bonne comparaison, raconte Lucien Della Franca, du garage du Grand-Pont à Orbe. Après négociation avec son concessionnaire et deux offres de baisse du prix catalogue, il obtenait sa Mini Cooper cabriolet à 29 000 francs. Je lui ai importé le même véhicule pour 24 000 francs, ce qui correspond à une économie de 17%.»

Autociel à La Conversion (VD) est un garage qui négocie uniquement des affaires d’importation au-dessus d’un prix catalogue de 50 000 francs. Il propose par exemple une Audi Q5 3.0 TDI Quattro neuve avec options, avec un prix catalogue de 107 990 francs, pour seulement 74 500 francs en importation directe. Gain pour l’acheteur: 31%, pour autant que le véhicule soit livré avant 2012 (entrée en vigueur de la future taxe CO2).

Il y a même moyen, sur certaines marques, d’effacer quelques milliers de francs supplémentaires. «Citroën ou Renault par exemple proposent des offres de reprise en France. Il suffit de présenter un permis de conduire pour en bénéficier», note Lucien Della Franca. Le système de ce revendeur est très simple. Son portail internet renvoie aux sites français des différentes marques qu’il gère. Le client sélectionne en ligne son modèle avec les différentes options puis lui envoie la référence exacte. L’importateur se charge ensuite de la commande, des formalités de TVA, du transport et des frais d’inscription de 250 francs au Service des automobiles, obligatoire pour un véhicule venant de l’étranger. Pas plus long qu’auprès d’un concessionnaire agréé, le délai de livraison va de trois à six mois selon la marque et le modèle.

L’instauration l’an prochain de la taxe sur les émissions de CO2 pourrait cependant donner un coup de frein à ce marché des importations directes. «Contrairement au particulier qui doit s’acquitter de l’intégralité de la taxe, les importateurs officiels vont payer un montant global pour leurs importations annuelles. Ils sont ensuite libres de reporter sur des véhicules peu polluants une partie de la taxe de gros véhicules polluants pour baisser artificiellement le prix de ces derniers», explique Joël Thiébaud, secrétaire de la Verband Freier Autohandel Schweiz (VFAS).

Des déséquilibres qui penchent en faveur du marché officiel et risquent d’annihiler les effets favorables de change sur certains modèles. Dans l’expectative, certains importateurs directs déconseillent à leurs clients de passer commande pour une livraison en 2012. La VFAS a demandé aux pouvoirs politiques de modifier ces aspects de la loi défavorables aux importations directes. En cas d’échec, elle prévoit de participer au lancement d’un référendum.

Vin

On l’oublie parfois: l’importation de vin de l’étranger est soumise à des droits de douane, mais cette taxe est liée à la quantité de vin et non au prix des bouteilles. Ainsi, qui ramène une caisse de Cos d’Estournel 2003 à 100 euros la bouteille ou une piquette à cinq euros doit s’acquitter des mêmes 60 centimes par litre à la frontière. Le premier aura par contre dépensé 35 francs de moins qu’il y a deux ans pour acheter une bouteille de la même année.

Comme le vin est un produit qui se garde longtemps, la plupart des prix affichés dans notre pays sont basés sur un taux de change antérieur à la chute de l’euro. De nombreux Suisses ont saisi l’intérêt d’aller s’approvisionner à l’étranger. Ils affluent notamment dans les caves de France voisine. «Nous faisons de beaux samedis grâce à la clientèle suisse. Je note une augmentation de chiffre d’affaires de 15% depuis le début de l’année en lien avec le taux de change», confirme Jean-Christophe Boudot de la Vinothèque du Léman à Ferney-Voltaire.

Il n’est cependant pas exclu de faire quelques bonnes affaires sans sortir des frontières. «Lorsque je fais un réassortiment avec un taux de change avantageux, je propose une action pour attirer les clients», assure le Fribourgeois Pierre Wyss, un marchand spécialisé dans l’importation de vins français.

Habillement

Le secteur de l’habillement présente un visage contrasté. De manière étonnante, l’infatigable casseur de prix H&M se distingue par des écarts de l’ordre de 30% à 40% entre la Suisse et la zone euro: un blazer prince de galles femme à 69,90 francs coûte l’équivalent de 47,80 francs seulement de l’autre côté de la frontière. Au taux de change actuel, cela signifie 32% d’économie. Chez les hommes, on peut acheter pour 96 francs une parka à l’étranger qui coûte 149 francs en Suisse, soit 36% d’économie. Pourquoi de tels écarts? «Il est clair que le taux de change joue un rôle dans la configuration des prix. Mais comme les achats textiles chez H&M se font en dollar américain, c’est cette monnaie qu’il faut prendre en considération et non l’euro», tente de répondre la porte-parole du groupe Verena Cottier. Pas très convaincant quand on sait que le dollar a aussi nettement reculé face au franc.

Il vaut donc la peine en tant que Genevois de faire un tour jusqu’au magasin H&M de Thoiry par exemple. Les autres profiteront de leurs vacances à l’étranger car la boutique en ligne de la chaîne suédoise ne fonctionne pas en Suisse. Chez Zara, où en valeur relative les différences de prix sont moindres (de l’ordre de 20%-25% selon nos pointages) mais plus intéressantes en valeur absolue car la chaîne espagnole pratique des prix plus élevés que son concurrent suédois. Pas moyen non plus de commander en euros sur l’internet car le magasin en ligne ne livre que dans le pays de la commande. Il faut donc se déplacer jusqu’à Annecy pour profiter de Zara en euros.

A mesure que l’on monte en gamme, les prix suisses se rapprochent des prix européens. Chez Louis Vuitton par exemple, le sac Speedy 25 bandoulière monogramme à 895 francs en Suisse coûte 822 francs en France. Un écart de prix faible (-10%) que les amateurs de la marque ressentiront à peine au moment d’un tel achat, réputé pulsionnel…

*Pour les calculs comparatifs de cet article, un taux de change de 1 euro = 1,20 franc a été considéré (moyenne des trois derniers mois).

Sylvain Menétrey