CHU DE CHE / JE SUIS D'ICI / ICH BIN VON HIER !

mardi 31 août 2010

Titanic, le retour

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Une nouvelle expédition scientifique a mis le cap sur l’épave du prestigieux Titanic, coulé par un iceberg en 1912 alors qu’il faisait route vers New York. Gisant par plus de 3800 mètres de fond, les scientifiques de la Woods Hole Oceanographic Institution ont étudié l’épave grâce à un module sous-marin télécommandé, capable de descendre à 6000 mètres. Le but de ces observations est entre autres de mieux comprendre les principes d’érosion biologique des matériaux. Ces nouvelles images valent le détour.

Nouvo

Villa "LOW-COST", vraiment ?

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Coop propose depuis septembre une maison Minergie-P à moins de 300 000 francs. Cependant, allier économies et écologie suscite le débat.

Enquête.

Avec seulement 38% de propriétaires, la Suisse reste le pays d’Europe qui compte le plus de locataires. La situation va-t-elle changer avec l’arrivée de villas dites «low-cost»? Ces maisons dotées de structures préfabriquées en usine et en série peuvent être montées en quelques jours et permettent de réduire de plus de moitié la durée totale des travaux, soit des économies de plusieurs milliers de francs. Depuis septembre, Coop propose deux modèles en partenariat avec Elk, firme autrichienne leader du secteur en Europe. A des prix qui défient en apparence toute concurrence. «Coop souhaite faciliter l’accession à la propriété de familles modestes en leur proposant des maisons de standing élevé à bas prix, et poursuivre son engagement en faveur de l’écologie grâce au label Minergie-P», récite Sabine Vulic, porte-parole de Coop.

Non contente de proposer un premier modèle de 128 m2 au prix de lancement de 299 900 francs, Coop offre également dix ans de frais de chauffage, 10 000 francs pour une cuisine Fust et de 16 000 à 20 000 francs pour les aménagements intérieurs (carrelage, peinture, etc.). «Pour s’offrir une maison personnalisée malgré le recours au préfabriqué», indique Sabine Vulic.

L’idée ne date pourtant pas d’hier, si l’on en croit la quinzaine de firmes, souvent allemandes, présentes dans le village d’exposition de Suhr (AG). Le catalogue Schönes Wohnen contient même une maison de 128 m2 au «prix anniversaire» de 99 999 euros, tandis que chez Bien-Zenker, dix ans de chauffage sont offerts. La valse des visiteurs donne un bon indicateur de l’intérêt. Sabine Vulic: «Depuis un mois, plus de 1500 personnes se sont intéressées à nos modèles Minergie-P, et près d’un tiers des visiteurs viennent de Suisse romande.»

Il va de soi que le terrain n’est pas inclus dans les prix. «Un coût comme celui-ci ne veut d’ailleurs pas dire grand-chose, explique Guy Nicollier, président de la section vaudoise de la Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA). Il ne représente certainement qu’une partie des frais: ceux du bâtiment. Outre le terrain, il faut encore ajouter les travaux liés aux fondations et les taxes de construction. »

Somme doublée.

Les coûts annexes peuvent donc fortement varier (voir tableau cicontre). Par exemple en fonction du type de terrain et de sa répercussion sur les coûts de terrassement, comme l’indique Louis Binda, de la société Villatype, active dans la vente de villas clés en main depuis quarante ans: «Si la pose d’un radier simple ne coûte que de 5000 à 6000 francs, les prix peuvent grimper jusqu’à 40 000 ou 50 000 francs sur un sol rocheux. La pose d’un simple radier pour une maison préfabriquée n’est par ailleurs pas envisageable sur un terrain dont la pente excède 20% et la construction d’un sous-sol additionnel représente un surcoût de 60 000 à 100 000 francs.»

Avec l’acquisition du terrain, les travaux préliminaires et les aménagements extérieurs, auxquels s’ajoutent diverses taxes, la somme à investir peut donc doubler, voire tripler. Ce qui risque de compliquer la démarche d’obtention du crédit bancaire dans le cas où le déséquilibre entre le prix du bâtiment et celui du terrain devient trop important. Olivier Feller, directeur de la Chambre vaudoise immobilière, tempère donc son enthousiasme: «Toutes les mesures qui facilitent l’accession à la propriété ne peuvent que réjouir. Cette nouvelle offre, économique et respectueuse de l’environnement, paraît donc positive même si la réduction des coûts ne s’applique qu’au bâtiment et que le manque de terrains exploitables dans des régions telles que l’arc lémanique reste plus problématique.»

La possibilité d’allier économies et écologie grâce au label Minergie-P fait également débat. Etablie sur une base volontaire, la certification génère un surcoût de construction de l’ordre de 8 à 15% sur le prix total. Le label s’applique, lui, aux maisons dites passives, qui consomment annuellement moins de 300 litres de mazout par 100 m2. Une performance réalisable par l’optimisation de l’étanchéité et le recours aux apports solaires et métaboliques (machines, habitants, etc.) en matière de chauffage. Mais son apposition sur un modèle standardisé se révèle problématique: «Le contrat de construction de Coop précise que la réalisation du label Minergie-P ne se que fait lorsque les conditions nécessaires sont réunies, explique Franz Beyeler, directeur de l’agence Minergie. Le potentiel d’apports solaires, la présence d’ombres et la déclivité du terrain constituent des facteurs cruciaux. La volonté de le réaliser sur un produit en série est très ambitieuse. »

Avant de bénéficier de subventions (15 000 francs dans le canton de Vaud), toute construction achevée doit passer un test de pression qui évalue l’étanchéité. «Dans le cas de l’apposition de modules préfabriqués, l’obtention du certificat dépend du travail d’assemblage et des détails de jointure, ce qui peut se révéler délicat dans le cas d’un montage rapide», précise Luca Marcos, architecte au Service de l’environnement et de l’énergie (Seven) de l’Etat de Vaud.

Prudence.

Tout défaut met ainsi en question la possibilité d’une certification et la prudence est de mise: «La SIA reçoit fréquemment des plaintes pour malfaçons ou pour des finitions jamais achevées, explique Guy Nicollier. Le fait de choisir de telles maisons équivaut à acheter un produit et non une prestation, comme c’est le cas avec un architecte. Sur un produit standardisé, toute modification risque de générer un surcoût et le service après-vente peut parfois vraiment laisser à désirer.» Chez Elk, on se défend de négliger la qualité: «Nous pratiquons une politique de prix très transparente, les dimensions et les plans de chaque maison sont modifiables sans générer de surcoût, si ce n’est sur la base de la quantité de matériaux utilisée », explique Thierry Schuchter. Reste que les vertus écologiques d’un tel modèle ont de quoi susciter le débat, comme l ’admet Luca Marcos : «Construire une maison aux normes Minergie-P, tout en important ses composants d’Europe de l’Est par camion peut effectivement paraître paradoxal».


PRINCIPAUX FRAIS DE CONSTRUCTION POUR UNE MAISON COOP DE 128 M2

Catégorie de frais de construction (CFC)

Dépenses requises

Coût moyen

CFC 0

Terrain (acquisition, frais notariaux, inscription au Registre foncier, etc.)

Terrain de 100 m2: de 100 000 à 600 000 fr. ou plus selon localité Frais notariaux: env. 2% du prix du terrain

CFC 1

Travaux préparatoires (terrassement, honoraires d’architecte, de géomètre et d’ingénieur civil, etc.)

Radier: de 5000 à 50 000 fr. Sous-sol: de 60 000 à 100 000 fr. (selon type de sol)

CFC 2

Bâtiment

299 900 fr.

CFC 4

Aménagements extérieurs (jardin, garage, voie d’accès)

40 000 fr. environ (selon taille du terrain)

CFC 5

Frais secondaires (taxe de raccordement au réseau, honoraires et assurances)

Taxes de raccordement: 20 000 fr. environ

TOTAL

De 466 900 à 1071900 fr.

Egger Ph.

Climat : ce que le Giec doit changer pour rester crédible

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Face aux polémiques, une commission demande au groupe de recherche sur le climat de changer ses méthodes.




Les méthodes du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), prix Nobel de la paix 2007, ont été passées au crible d'une commission indépendante. Celle-ci fait six recommandations essentielles pour sauver la crédibilité de l'institution, entamée par une série de polémiques récentes.

Le Conseil inter-académique (InterAcademy Council, IAC), composé de quinze Académies des sciences de différents pays, saisi par l'Onu pour analyser les pratiques du Giec vient de rendre son rapport.

Il ne fait pas de cadeau au Giec, sans pour autant donner le moindre avis scientifique sur les conclusions de cette instance scientifique unique en son genre et dont les prédictions sur le réchauffement avaient vocation à orienter les décisions politiques. Sans réel succès, comme l'a montré l'échec du sommet de Copenhague, en décembre.

Des procédures bureaucratiques que le Giec devra revoir




L'aveu de la bourde sur l'Himalaya, qui avait suivi le « Climategate », avait jeté un froid : dans son dernier rapport, celui de 2007, le Giec annonçait par erreur que les glaciers himalayens pourraient avoir disparu d'ici 2035. La réponse aux critiques sur les différentes erreurs contenues dans ce dernier rapport a été « lente et inadéquate », souligne le Conseil inter-académique.

Au-delà, c'est un ensemble de procédures bureaucratiques que le Giec est lourdement incité à revoir. Depuis sa création en 1988, les structures du groupe n'ont pas évolué alors qu'il est soumis à de plus en plus de pressions émanant de différents groupes d'intérêts.

C'est l'une des raisons pour lesquels, dans un langage très diplomatique, lui sont suggérées un certain nombre de réformes de fond. Les voici.

Moderniser l'organisation

Le Conseil inter-académique appelle de ses voeux la création d'un comité exécutif capable de décider au nom du Giec lors des sessions plénières. Ce comité serait composé du président, des vice-présidents en charge des différents groupes de travail, du secrétariat, et surtout de trois membres indépendants extérieurs à la communauté des scientifiques du climat.

Un directeur exécutif prendrait en charge l'organisation au jour le jour et son mandat serait limité à la durée d'un rapport. Si cette réforme avait été appliquée, la réélection de Rajendra Pachauri pour un second mandat en 2008 n'aurait pas été possible.

La révision éditoriale

Le Giec se doit, toujours selon ce texte, d'adopter des méthodes rigoureuses pour prévenir tout conflit d'intérêt. Les procédures de révision par les pairs ne sont pas forcément suivies et d'autres sont jugées faibles, et les sujets controversés doivent être rendus comme tels.

Les rôles des relecteurs doivent ainsi être clarifiés afin qu'ils puissent exercer toute leur autorité et que les auteurs prennent en compte leurs remarques et y répondent.

Le degré de certitude

Selon l'IAC, tous les groupes de travail devraient remplir une échelle de certitude et définir le degré de probabilité qu'un événement se produise, en fonction des preuves à leur disposition.

L'usage de la « littérature grise », c'est-à-dire de publications n'ayant pas fait l'objet d'une relecture par des pairs, devrait être clarifié et toutes les sources du Giec tracées.

La communication

Le manque de stratégie de communication a rendu le Giec particulièrement vulnérable vis à vis des médias et a contribué à une certaine perte de confiance de l'opinion publique dans la parole scientifique.

Le Giec devrait mettre en oeuvre une stratégie de communication qui repose sur la transparence, et des réponses rapides et réfléchies.

La sélection des participants

Le Giec devrait rendre plus transparente la procédure de sélection des auteurs, et la diversité des points de vue devrait être respectée.

Le résumé à destination des politiques

Le Giec devrait réviser sa procédure d'adoption du « résumé pour les décideurs » qui a parfois tendance à trop réduire la complexité du rapport et à gommer certaines incertitudes.

Sophie Verney-Caillat

L’eau sèche pourrait lutter contre le réchauffement

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L’eau sèche, cette substance poudreuse contenant 95% d’eau, pourrait être utilisée comme stockage pour certains gaz à effet de serre. C’est au 240e colloque de la American Chemical Society, la semaine dernière, qu’une équipe de chercheurs britanniques ont présenté leurs recherches sur le sujet, démontrant que l’eau sèche pourrait à l’avenir permettre de piéger des gaz comme le méthane et le CO2, ainsi que stabiliser des substances dangereuses.

Nouvo

Confidentialité sur le Net : piqûre de rappel

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On en parle souvent, le Net est parfois une contrée sauvage dont il faut se méfier. Surtout en ce qui concerne le respect de la vie privée. Facebook et Google sont probablement les champions de l’utilisation de nos données et on le sait. Mais quand on voit toutes ces statistiques rassemblées en une jolie infographie, ça fait froid dans le dos.

Nouvo

FELDSCHLÖSSCHEN FERME SON SITE DE PRODUCTION FRIBOURGEOIS

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Feldschlösschen va cesser toute activité de production sur son site de Fribourg dès juin 2011. Des solutions seront proposées aux 75 employés concernés, a indiqué l'entreprise mardi. La bière Cardinal sera brassée à Rheinfelden (AG) selon la recette originale.

Dix-huit personnes bénéficieront de la retraite anticipée, et un poste de travail au sein de l'entreprise sera proposé à chacune des autres personnes touchées, a indiqué Feldschlösschen mardi dans un communiqué.

La mesure fait suite au transfert d'une commande de production de la maison mère danoise Carlsberg vers la filiale française, qui va faire perdre plus de 20% du volume global de production en Suisse. Selon le groupe, il n'est dès lors plus possible de maintenir en exploitation deux sites de production en Suisse qui fonctionnent en dessous de leurs capacités, écrit Feldschlösschen.

ATS

lundi 30 août 2010

Comment Ricola a converti le monde aux herbes alpines

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Depuis 80 ans, l'entreprise bâloise impose sa marque sur les marchés internationaux en tablant sur les clichés suisses. Réussira-t-elle à séduire l'Asie? Reportage dans ses quartiers généraux de Laufon.

Une douce odeur de menthol flotte autour du bâtiment industriel de la Baselstrasse à Laufon (BL). A l’intérieur, l’effluve s’intensifie et se mêle à l’incessant bruit des machines. Des petites boîtes aux couleurs bigarrées défilent sur les tapis roulants et se remplissent de pastilles estampillées d’un «R». Des ouvrières les récupèrent à un rythme soutenu pour les réunir dans des cartons. C’est sur ce site que les produits de l’emblématique maison Ricola sont emballés et stockés.

A quelques kilomètres de là, l’usine du groupe fabrique chaque année près de 18′000 tonnes de confiserie à base de plantes. Pour assurer une telle production, 250 tonnes d’herbes cultivées et séchées par des agriculteurs indépendants suisses sont acheminées jusqu’à Laufon. «Il s’agit de la principale matière première de tous nos produits, précise Adrian Kohler, actuel CEO de la société qui a débuté chez Ricola il y a vingt trois ans. Nous réunissons les plantes pour réaliser notre mélange de base. Ensuite, nous ajoutons, entre autres ingrédients, les arômes naturels. A l’aide des machines, quelques minutes suffisent pour produire les bonbons.»

Voilà 80 ans que Ricola grandit dans cette commune du canton de Bâle-Campagne au point de s’imposer comme une marque culte du folklore alimentaire helvétique. En misant dès le départ sur les valeurs traditionnelles véhiculées par la Suisse, et grâce à ses bonbons aux herbes, l’entreprise familiale a trouvé son marché. En 2009, la société a enregistré un chiffre d’affaires de 316 millions de francs, ce qui représente une hausse de 3,6% par rapport à 2008. «Sans la chute des taux de change, l’augmentation aurait été de plus de 6%, précise le CEO. Les premiers mois de l’année ont été difficiles, les commandes ont chuté à cause de la crise. Les ventes ont ensuite redémarré, notamment grâce à la grippe (A)H1N1. Au final, ce fut une année record pour Ricola.»

«Nos principaux marchés sont la Suisse, l’Italie, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis, détaille le CEO. Nous sommes également présents à Hong Kong et Singapour depuis trente ans. L’Asie représente un réel défi pour nous. Car nos produits restent trop chers pour le pouvoir d’achat local. Nous avons par exemple essayé de proposer des paquets plus petits, et donc plus accessibles.» Les résultats n’ont jusqu’ici pas été significatifs.

Ricola vise également d’autres régions. «Si nous voulons continuer de croître, nous devons trouver des consommateurs dans d’autres pays, dit Adrian Kohler. Nous devons renforcer notre présence au Japon et dans les pays de l’Europe de l’Est.» Des actions concrètes ont déjà été lancées, telles que des publicités et des tests auprès des consommateurs locaux ainsi que des partenariats avec des célébrités, telle l’actrice japonaise Koyuki, la partenaire de Tom Cruise dans Le dernier Samouraï.

Car pour optimiser ses ventes à l’étranger, Ricola adapte les parfums de ses dragées, parfois de manière exclusive, aux goûts et tendances de chaque pays. Par exemple, on ne trouvera des Ricola à la sauge qu’en Allemagne. Point fort de la marque également: ses bonbons sont doublement positionnés — à la fois friandises et pastilles contre les refroidissements. C’est ainsi que, aux Etats-Unis, ils sont enregistrés en tant que produits médicinaux alors que, en France, ils figurent sur la liste des confiseries.

La diversification fait également partie de la stratégie de l’entreprise. Après les infusions instantanées et en sachet, la marque a lancé l’an dernier des chewing-gums, toujours à base de plantes, qui sont pour l’instant «en phase test» uniquement en Suisse. Ricola n’envisage pas de travailler sur d’autres déclinaisons que les infusions et le chewing-gum. «Mais nous allons innover en matière de formes et d’arômes», dit le CEO.

L’entreprise bâloise doit aussi une bonne partie de son succès à ses campagnes publicitaires drôles et efficaces. Depuis une dizaine d’années, Ricola s’est défait de son image désuète pour un positionnement résolument fun et décalé, grâce aux services de l’agence allemande Jung von Matt. Le budget marketing de l’entreprise reste confidentiel, mais représente une «part significative des investissements».

«Nous tenons à garder notre image sérieuse et traditionnelle, explique Felix Richterich, actuel représentant de la troisième génération de la famille fondatrice, et président du conseil d’administration. Mais nous avons pris conscience qu’il fallait moderniser certains aspects de notre communication.» L’entreprise annonce d’ailleurs vouloir renforcer sa présence dans les nouveaux médias, notamment sur les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter.

Une pérennité certainement inespérée pour Emil Richterich qui, en 1930, avait créé la confiserie «Richterich & Co. Laufon», nom dont sera tiré l’acronyme Ricola. «Mon grand-père, qui possédait une petite boulangerie dans le village de Laufon, s’est lancé dans cette activité pour s’assurer un meilleur revenu, raconte Felix Richterich. A l’époque, son premier enfant — mon père — venait de naître. Il a emprunté de l’argent à ses proches et a commencé avec une cuisinière chauffée au charbon, quelques chaudrons en cuivre et des tambours à dragées.»

Ce fils aîné, Hans Peter, intégrera l’entreprise familiale en 1951 pour en reprendre la direction en 1968. Il aura lui-même trois enfants. «Nous avons grandi dans la maison qui jouxte l’actuel bâtiment administratif, mais qui à l’époque abritait l’usine et l’appartement de mes grands-parents, se souvient Felix Richterich. Mon frère fait aujourd’hui partie du conseil d’administration. Quant à ma sœur, elle s’occupe du jardin de l’entreprise qui cultive des plantes pour nos recherches.» Qu’en est-il de la succession? «Nous y réfléchissons, mais il est encore trop tôt pour prendre une décision. Nous espérons que la nouvelle génération s’intéressera à l’entreprise, qui appartient entièrement à notre famille.»

Leader des confiseurs helvétiques

En Suisse, 14 entreprises fabriquent industriellement des bonbons. La production de Ricola (18 000 tonnes) représente plus de la moitié de celle de l’ensemble de ses concurrents helvétiques. Le confiseur Hunziker par exemple, qui est basé à Dietikon, fabrique 5000 tonnes de bonbons par année, et 1000 tonnes sortent de l’usine argovienne de la maison Halter. De même, près de 50% des employés de ce secteur travaillent pour l’entreprise de Laufon.

Si Ricola a augmenté son chiffre d’affaires en 2009, toute l’industrie de la confiserie ne peut en dire autant. Selon Biscosuisse, l’association helvétique des industries de biscuits et de confiserie, le chiffre d’affaires moyen des fabricants de bonbons suisses a baissé de 1,7% en 2009. «Grâce à son vaste portefeuille de clients sur le plan international, Ricola s’en est sorti audessus de la moyenne, constate le directeur de l’association, Franz Schmid. Ricola est connu et reconnu partout dans le monde grâce à sa ligne directrice très claire. Ses produits aux herbes, facilement reconnaissables, lui garantissent la fidélité de ses clients depuis de nombreuses années.»

Ricola en chiffres

316 millions de francs: le chiffre d’affaires de Ricola en 2009.

400 employés travaillent pour l’entreprise, dont 370 en Suisse. 100 agriculteurs indépendants cultivent des herbes pour les produits Ricola.

18 000 tonnes produites chaque année, dont 90% de bonbons. Les 10% restant représentent la production de tisanes et de chewing-gums.

20%: la part de Ricola dans le marché de la confiserie en Suisse.

Melinda Marchese

Les Américains atterrés par la toxicité de leurs cosmétiques

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Un édifiant film d'animation diffusé sur le Web attire l'attention sur une possible réforme de la réglementation américaine.

Aux Etats-Unis, une femme utilise en moyenne douze cosmétiques par jour, un homme environ six. Chacun de ces produits contient une douzaine ou plus de composés chimiques, souvent toxiques. Après des années de campagne menée par des consommateurs, un projet de loi arrive au Congrès, appuyé par un film lancé sur Internet.

Quand, en France, les politiques, alertés par l'UFC-Que Choisir, s'effarent de la pollution intérieure de leurs domiciles, les Américains découvrent avec stupeur avec quoi ils se frottent, se shampouinent, se tartinent et se maquillent.

Ils réalisent que leurs bébés subissent un sort analogue dès leurs premiers débarbouillages. Pire : vu ce que la peau de leurs mères a absorbé avant leur naissance et pendant la gestation, les nourrissons naissent « pré-pollués », selon le film d'animation « The Story of Cosmetics », dévoilé fin juillet pour coïncider avec le dépôt du texte de loi. (Voir la vidéo en anglais)




J'adapte ici le contenu d'un article et d'une tribune parus récemment sur le sujet, l'une sur le Huffington Post, l'autre dans le bimestriel Emagazine, en intégrant ce que je connais par ailleurs de la réglementation américaine.

Annie Leonard, l'auteure du film, explique sa démarche :

« Comme la plupart des parents, j'essaie de garder ma famille en sécurité. Mais j'ai découvert que ma salle de bain était un véritable magasin de toxiques. Qu'est-ce qu'on est censé faire pour lutter contre ça ? »

Seulement huit ingrédients interdits en 70 ans

Bon courage ! L'Environmental Protection Agency (EPA, équivalent du ministère de l'Ecologie) a seulement interdit l'usage d'une poignée de composants chimiques depuis l'instauration du Toxic Substances Control Act, en 1976. Et ce, en dépit du fait que 80 000 substances sont aujourd'hui utilisées dans l'ensemble des produits de consommation.

Et, quand on entre dans le détail des seuls produits de soin personnel, on apprend que la loi fédérale réglementant ce secteur a été rédigée il y a 70 ans. Depuis, la FDA (Food and Drug Administration) a interdit seulement huit ingrédients parmi les 12 000 environ utilisés par cette industrie.

La FDA n'exige même pas qu'ils soient tous listés sur l'étiquette. L'industrie est censée s'autoréguler, ce qui fait bondir Annie Leonard :

« Les labels des flacons sont rassurants : “doux”, “pur”, “naturel”, “non-agressif”, “recommandé par les pédiatres”, “approuvé par les dermatologues”… Mais quand vous lisez les notices avec des loupes, ou que vous allez sur Internet pour des détails, c'est une autre histoire.

Laureth sulfate de sodium, urée de diazolidinyl, ceteareth-20, PEGs, quaternium-15… autant d'ingrédients qui contiennent des substances cancérigènes comme le formaldehyde ou la dioxyne 1,4. »

« L'Histoire des choses », un best-seller pédago et ludique

Avant de lancer sa propre croisade contre les produits de beauté farcis aux polluants, Annie Leonard était déjà connue pour avoir conçu en 2007 le petit film d'animation « The Story of Stuff », véritable phénomène sur Internet avec 12 millions de vues. Son livre éponyme, sorti en mars 2010, est toujours un best-seller.

Elle y décortiquait avec une pédagogie ludique et grinçante le fonctionnement politico-énonomico-industriel de la société de production-consommation. Elle a ensuite décliné le concept avec « L'Histoire de l'eau en bouteille », « L'Histoire de la Bourse du carbone », et on attend prochainement une « Histoire des appareils électroniques ».

Bref, découvrir des cancérigènes dans les shampoings pour bébé n'a pas du tout plu à Annie Leonard. Elle s'est renseignée auprès de scientifiques, qui n'ont pas cherché à la rassurer.

Crèmes solaires, rouges à lèvre, lotions pour le corps, gels de rasage, déodorants, parfums, etc. Tout cela contient des produits liés au cancer, mais aussi aux problèmes d'apprentissage, à l'asthme, à la qualité du sperme, aux difficultés de reproduction.

Annie Leonard se tourne alors vers les animateurs de la Campaign for Safe Cosmetics, à l'œuvre depuis 2004. L'objectif de cette coordination d'associations locales, implantées dans tout le pays (« grassroot », populaire), est d'obtenir une réforme de la loi de 1976.

« Ne pas culpabiliser les gens »

La coordinatrice nationale Mia Davis, basée à Boston, saute évidemment sur l'occasion pour concevoir un film avec la « grande » Annie Leonard, réputée pour ses talents de vulgarisatrice rigoureuse :

« Je travaillais sur le sujet des plastiques et des cosmétiques depuis sept ans. Je voulais être sûre que son film respecterait rigoureusement les faits, tout en étant assez “fun” pour intéresser tout le monde.

Il fallait aussi ne pas culpabiliser les gens : ce n'est pas leur faute s'ils ont des produits chimiques dangereux dans leurs placards de toilette. Tout le monde en a. »

Les efforts de la Campaign for Safe Cosmetics ont finit par porter leurs fruits : le 21 juillet, trois démocrates à la Chambre des représentants ont déposé un projet de loi, le Safe Cosmetics Act of 2010.

Objectifs ?

1.Combler les lacunes de la loi fédérale existante,
2.supprimer progressivement les produits les plus dangereux,
3.élaborer un système d'évaluation des ingrédients,
4.obliger les entreprises à davantage de transparence,
5.donner aux inspecteurs de la FDA les moyens de travailler correctement.
L'industrie cosmétique met le paquet sur le lobbying préventif
L'industrie des soins et de la beauté se prépare au bras de fer depuis un moment. Au cours des cinq dernières années, elle a considérablement accru ses dépenses en relations publiques, dépensant des millions de dollars, intensifiant son lobbying pour tenter d'empêcher ce qui lui pend au nez.

A présent, la balle est dans le camp des élus. Il s'agit de les convaincre de voter cette loi. S'ils ont l'impression que leurs électeurs locaux ne s'intéressent pas au sujet, ou ne voient pas l'intérêt de toucher à ce qui existe, les représentants ne vont pas voter le texte.

Aux Etats-Unis, la discipline de vote dans un parti n'existe pas comme en France. On l'a vu avec les tentatives désespérées d'Obama pour faire adopter son texte sur l'assurance médicale (voté de justesse, très remanié), et celui sur les émissions de gaz à effet de serre (abandonné faute de soutien de sa majorité).

« Cliquez ici pour presser le député de votre circonscription »

C'est pourquoi la Campaign for Safe Cosmetics, armée du film de « propagande » d'Annie Leonard -ou d'information selon la façon dont on voit les choses- intervient pour inciter les citoyens à contacter leur élu à la Chambre :

« Seule une mobilisation générale étendue des citoyens concernés, de tous les bords politiques, peut contribuer à l'adoption de cette grande législation. Vous pouvez agir en cliquant ici, pour presser le député de votre circonscription. Et en faisant circuler le film autour de vous. »

Que vont bien pouvoir trouver les républicains et les acteurs de la droite dure des Tea-parties pour s'opposer à ce projet de loi présenté par des démocrates ? Trop socialiste ? Trop anti-business car coûteux pour les compagnies ? Générateur de chômage ? Surprise, surprise…

Et pour ceux, tranquilles, qui n'utilisent jamais le moindre produit de soin, un récent diaporama du Huffington Post prouve qu'on n'est à l'abri nulle part. Edifiant.

Hélène Crié-Wiesner

TESTER DES MÉDICAMENTS POUR SE FAIRE DE L'ARGENT

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En plus des étudiants, de nombreux Allemands et Italiens frappent à la porte de laboratoires suisses testant des médicaments, souvent des génériques. Pour les appâter, on leur offre un défraiement qui est loin d'être négligeable quand on est chômeur, sans formation ou une ménagère peinant à boucler ses fins de mois. Si en plus l'hôtel, voire un voyage, est offert, ces tests sur soi-même prennent vite des airs de vacances pour pas cher. On n'y risque pas sa vie mais la transparence fait encore défaut.

Rester couché pendant un ou plusieurs jours, dans le calme aseptisé d'une petite clinique, être dorloté par un personnel soignant attentif. Au Tessin, c'est ce qu'apprécient chaque année un millier de volontaires en bonne santé. Ils sont là pour tester les effets des médicaments qu'on leur administre. Il s'agit souvent de produits génériques pour lesquels les fabricants doivent satisfaire aux mêmes exigences que pour les produits originaux, donc s'acquitter des mêmes protocoles cliniques.En échange de leur service, ces «cobayes» perçoivent un défraiement de 250 euros par jour. Il ne s'agit en aucun cas d'une rétribution, la loi l'interdit. «C'est ma façon de prendre des vacances et de me détendre sans dépenser un sou», explique en plaisantant, Mattia*, 32 ans, travailleur intérimaire sans formation. Au-delà de l'aspect prétendument reposant, ces «vacances» lui permettent de gagner près de 1000 à 1200 euros en 4-5 jours, de s'offrir quelques extras auxquels il n'aurait pas accès autrement.

Un bref répit financier

Près de 750 Italiens choisissent, comme Mattia, de séjourner chaque année dans l'un des laboratoires tessinois pour arrondir leurs revenus. Au fil des ans, les étudiants ont été rejoints par des travailleurs précaires, des chômeurs et des ménagères qui peinent à boucler les fins de mois. Ils constituent près des 4?5 des volontaires sains qui choisissent de prêter leur corps à la médecine. Ou plutôt à l'industrie pharmaceutique.Pour le pharmacien cantonal Giovan Maria Zanini, cet afflux venu de l'Italie voisine n'a rien d'anormal: «Avec un bassin de plus de 8 millions d'habitants, il est évident que le secteur attire davantage de ressortissants italiens que d'habitants de notre canton. C'est purement statistique.» Il n'empêche, avec un taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans flirtant avec les 30% dans la Péninsule, que jouer au «cobaye» quelques jours par an peut au moins offrir un répit financier, à défaut d'offrir un débouché professionnel.

Tourisme de laboratoire

Et ce phénomène ne se cantonne pas qu'au Tessin. Ce «tourisme de laboratoire», est aussi observé dans le canton de Bâle-Campagne, à Allschwill, où se trouve la clinique Swiss Pharma Contract. «Quelque 80% des patients sains proviennent d'Allemagne», explique une collaboratrice de l'entreprise. «Ce ne sont que rarement des étudiants. Les montants qui leurs sont versés pour compenser leurs frais peuvent varier selon la nature des tests qu'ils subissent et la durée des séjours», ajoute-t-elle. Concrètement, à Allschwill, les «défraiements» peuvent aller de 1350 francs pour cinq traitements ambulatoires de quelques heures, à 6500 francs, voire davantage pour une prochaine étude. Celle-ci exige que les volontaires effectuent deux séjours stationnaires de 17 jours et 17 nuits, ainsi que trois examens ambulatoires. L'aptitude des candidats est déterminée par un test de santé, après un examen médical préliminaire.

L'argent, raison unique

En Romandie, que ce soit au CHUV à Lausanne ou aux HUG à Genève, ce «tourisme de laboratoire» est inexistant ou presque. Le plus souvent, ce sont des étudiants et des patients - en fonction des besoins et la phase d'examen clinique auquel est soumis un traitement - qui se prêtent à ces investigations. A Genève, où près de 300 protocoles sont lancés en moyenne par an, les sujets sont généralement des patients malades et, très rarement, des volontaires sains. L'interdiction d'une rémunération pour ce genre de service a été compensée par la solution des défraiements. Sa pratique varie d'un canton à l'autre. Le médecin cantonal Giovan Maria Zanini admet que l'argent «est la seule raison qui motive les volontaires. Personne ne sacrifierait ses vacances et ses loisirs par altruisme et au seul motif de faire avancer la médecine». Plus alléchant, en janvier dernier, la société pharmaceutique américaine Intercell avait offert des vacances à ses «cobayes». Billet d'avion et hôtel au Mexique ou au Guatemala étaient offerts en échange de l'administration d'un nouveau vaccin sous forme de patch contre la tourista (diarrhée).

Une hantise des médias

Il faut signaler que les laboratoires tessinois travaillent presque exclusivement pour le compte de pharmas italiennes, dont les moyens en matière d'investigation clinique ne sont pas suffisants pour satisfaire aux exigences légales de sécurité. Ces mêmes laboratoires sont devenus très chatouilleux avec les médias. «Malheureusement, suite à des malentendus avec la presse écrite et télévisée, qui mettent en avant des aspects folkloriques plutôt que scientifiques, nous sommes devenus prudents», indique Riccardo Assandri, du laboratoire CROss alliance, à Mendrisio. L'entreprise, active au sud des Alpes depuis 1996, voit en effet sa raison sociale apparaître à intervalles réguliers dans la presse italienne. Celle-ci s'intéresse régulièrement aux 1500 compatriotes qui quittent chaque année la Péninsule pour les laboratoires situés aux frontières avec la Suisse, la France et l'Autriche, pour jouer, selon ses termes, les «forçats des médicaments» dans le «business des cobayes humains». Le nombre de volontaires se rendant en Suisse est totalement ignoré. Ce que regrettent de nombreux éthiciens. Dans son message sur la loi fédérale relative à la recherche sur l'être humain (21.10.2009), le Conseil fédéral indiquait la possibilité d'un registre: «De manière générale, il s'agit de renforcer la transparence de la recherche sur les maladies humaines, ainsi que sur la structure et le fonctionnement du corps humain. Et, en particulier, d'empêcher les doublons.»

Nicole DELLA PIETRA

samedi 28 août 2010

Durand, Zemmour, Ruquier : la « liste noire » de Sarkozy à la télé

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Le Président a aussi listé ses chouchous à Carolis, ex-PDG de France Télévisions : les Bogdanov, Barbelivien, Lumbroso et Sabatier.

. Nicolas Sarkozy le 25 janvier 2010, sur le plateau du 20 heures de TF1


Le règne de Patrick de Carolis à France Télévisions étant terminé (depuis cinq jours), place à la chronique : selon le journaliste du Point Emmanuel Berretta, Nicolas Sarkozy avait dressé à l'ancien PDG une liste des gens qu'il ne pouvait vraiment plus voir dans la petite lucarne. Et, à l'inverse, de ses chouchous. L'information nous a été confirmée par des proches du dossier.

Au mois de juin, Patrick de Carolis était candidat à sa propre succession quand il a rencontré le président de la République en tête à tête. C'est lors de cette rencontre que, selon Le Point, Sarkozy lui aurait dressé la liste de ces indésirables.

Deux animateurs populaires, connus pour être pour le moins sceptiques vis-à-vis du Président, Laurent Ruquier et Patrick Sébastien, viennent en tête. On trouve aussi Eric Zemmour car, selon nos confrères, « l'Élysée souhaiterait qu'il cesse de tirer sur tout ce qui bouge, et notamment sur Nicolas Sarkozy, du haut de sa tribune chez Laurent Ruquier ».

Le patron du Point, Franz-Olivier Giesbert, fait partie des « blacklistés » (il animait l'émission Vous aurez le dernier mot), ainsi que Guillaume Durand, présentateur de L'objet du scandale et ami de Dominique de Villepin avec qui il partage une passion pour l'art contemporain.

Emmanuel Berretta ajoute qu'à l'inverse, Sarkozy a livré à Carolis les noms de ses favoris : Patrick Sabatier, Daniela Lumbroso, les frères Bogdanov, Didier Barbelivien… Tous, dans le privé, sont des amis du président de la République.

Sarkozy demande de déplacer l'émission de Schönberg

Quelques jours avant son arrivée au poste de PDG de France Télévisions, lundi, le successeur de Patrick de Carolis Rémy Pflimlin a déjà remercié la directrice de l'information Arlette Chabot, qui avait subi les foudres de Nicolas Sarkozy à New York.

Difficile de dire si Pflimlin respectera les listes noire et blanche de Sarkozy. Seule certitude, le Président ne cessera pas l'interventionnisme permanent dont il avait fait preuve sous la direction précédente.

L'activisme de Nicolas Sarkozy sur les programmes de France Télévisions était particulièrement patent durant les derniers mois.

Ainsi, selon nos informations, il a un jour convoqué à l'Elysée Patrice Duhamel, le bras droit de Carolis qui avait la haute main sur les programmes, pour lui dire de déplacer Prise directe, le magazine mensuel de Béatrice Schönberg, du mardi au mercredi.

« Il y a autre chose ? », aurait demandé Duhamel. « Non, c'est tout », aurait répondu Sarkozy, avant de congédier le journaliste.

Augustin Scalbert

Un robot nettoyeur de pétrole autonome

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On l’a vu avec la récente marée noire du golfe du Mexique, les opérations de pompage et de nettoyage d’une nappe de pétrole sont longues et fastidieuses. Aussi, le MIT a développé un robot capable de collecter une grande quantité de liquide visqueux grâce à des nanotubes, et fonctionnant de manière autonome. Mû à l’énergie solaire, chaque robot communique avec les autres par wifi et se situe avec un GPS, optimisant ainsi l’assainissement d’une zone.

Nouvo

UNE TENTATIVE DE TRANSFERT DE RÉSERVES FAIT HURLER

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Genève, Vaud et Neuchâtel accusent Assura et Supra de vouloir transférer leurs réserves vers d'autres cantons sous-dotés au lieu de réduire les primes de ceux qui ont permis ces réserves. Les trois cantons ont informé l'Office fédéral de la santé publique de cette tentative de transfert inadmissible. Ces réserves sont en effet constituées par leurs assurés dans le cadre de l'assurance-maladie. Ils désignent explicitement les deux assureurs romands Assura et Supra.

Les trois cantons ont informé l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) d'une «tentative de transfert inadmissible» de réserves constituées par leurs assurés dans le cadre de l'assurance-maladie. Ils désignent explicitement deux assureurs romands: Assura et sa «petite soeur» Supra. Il s'agirait de surplus de réserves, de 165 millions pour Genève, de 54 millions pour Neuchâtel et 52 millions pour Vaud. Ces montants seraient distribués vers d'autres cantons pour égaliser les taux de réserves.Cette opération est jugée «inadmissible» par les trois cantons: «Les réserves accumulées résultent des primes payées par les assurés de ces cantons et, s'il y a des surplus, ils doivent leur revenir sous forme de diminution de primes», disent-ils. L'OFSP est ainsi avertie. Si, «contre toute attente», il approuvait les primes fondées sur ce transfert, les trois cantons s'adresseraient au Conseil fédéral pour qu'il prenne des dispositions urgentes afin de préserver les intérêts de leurs assurés.

Et la solidarité?

Si le canton de Genève se dit «scandalisé» par cette opération des deux assureurs, le ton est tout aussi ferme à Neuchâtel. «A quoi bon consentir de gros efforts pour maîtriser et réduire les coûts de la santé si le bénéfice, au niveau des réserves et des primes, est détourné vers d'autres cantons?», demande Gisèle Ory, ministre neuchâteloise de la Santé. Si les primes sont le reflet des coûts, elles doivent diminuer de 2% en 2011, et non augmenter de 2,5% comme annoncé, souligne-t-elle.Berne et Saint-Gall sont en sous-couverture et craignent de fortes hausses de primes? Et la «solidarité confédérale» devrait fonctionner à leur égard? «Il faut parvenir à un équilibre, mais on reparlera de solidarité lorsque tous les cantons paieront les primes qui correspondent aux coûts réels, compte tenu de leurs efforts pour les maîtriser», répond Gisèle Ory. Le Département genevois de la santé rappelle que, lorsque Neuchâtel et le Jura ont dû rattraper leur sous-couverture, personne n'a bougé. A l'OFSP, on ne peut que «comprendre» la réaction des trois cantons. D'autant que, l'an dernier, l'office avait tenu le même raisonnement et tenté de faire baisser des primes en raison de réserves excédentaires. Mais, sur recours d'Assura, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a rendu un jugement sec en décembre dernier: il n'y a aucune base légale pour faire ce lien: les réserves ne peuvent pas être prises en compte pour la fixation des primes. L'OFSP est dès lors tenu de s'y conformer.

Réserve minimale

C'est aussi ce qu'ont fait valoir Assura et Supra hier: la loi oblige les assureurs à atteindre une réserve minimale au niveau national, et non cantonal. C'est donc en accord avec la loi (avec la confirmation du TAF) que ces assureurs ont décidé de répartir «équitablement et de manière équilibrée» leur réserve natio- nale entre les différents can- tons. C'est d'ailleurs pourquoi Genève, pour créer la base légale en question, a déposé une ini- tiative visant à «cantonaliser» les réserves.En attendant, le Conseil fédéral a donné mandat à l'OFSP de rechercher une solution et de nouveaux instruments pour mieux évaluer les coûts futurs dans les cantons et, par conséquent, calculer plus précisément les primes des caisses en fonction de leur effectif d'assurés.

François NUSSBAUM

jeudi 26 août 2010

Eh non, Mars ne sera pas plus grosse que la Lune le 27 août

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L'e-mail anonyme prétendant que Mars sera plus grosse que la Lune le 27 août a la vie dure. L'an dernier déjà, abondamment diffusé, il nous promettait le même spectacle. Or, le 27 août 2010, il se passera exactement la même chose que le 27 août 2009, c'est-à-dire rien du tout.


Un canular céleste éventé

Le fait que la planète Mars apparaisse plus grosse que la Lune dans le ciel nocturne est un canular déjà désamorcé en détail sur le site de Ciel et Espace dans un article du 18 août 2009.

Vous pouvez lire également à ce sujet l'article « La nuit des deux lunes » sur le site Hoaxbuster, qui traque les canulars reçus par courrier électronique.

Le contenu de ces articles est toujours valable, à ceci près que, depuis un an, les positions de Mars et de la Lune ont changé.

Mars risque d'autant moins de faire de l'ombre à la Lune en termes de luminosité et de taille apparente qu'elle se situe actuellement à plus de 300 millions de km de la Terre, contre 55,8 millions de km lors d'un rapprochement très favorable comme celui de 2003. Autrement dit, elle se situe à un peu plus de deux fois la distance Terre-Soleil.

Elle continuera à s'éloigner jusqu'au 8 janvier 2011, pour atteindre une distance de 356 millions de km.

Pour qui sait la localiser, Mars reste néanmoins observable dans le crépuscule du soir. Son éclat est comparable à celui d'une étoile de magnitude moyenne. Une carte du ciel précise serait nécessaire pour la repérer si l'étincelante Vénus située juste en dessous d'elle ne nous offrait pas un excellent jalon, comme le montre la carte ci-dessous (notez la présence de Saturne à leurs côtés).

La Lune, reine de la nuit

Si Mars se fait discrète, il en va tout autrement de la Lune, très présente en ce moment puisqu'elle est pleine le 24. Autant dire qu'en cette fin de mois d'août, même si les scientifiques ont découvert qu'elle avait rétréci, elle domine le ciel sans rivale.

Le 27, elle est gibbeuse, éclairée à 70%, et elle culmine à plus de 40 degrés de hauteur vers 3h20, heure locale.

Jean-Luc Dauvergne

mercredi 25 août 2010

«Rentrée scolaire! Pensez aux enfants!»

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A l’approche de la rentrée scolaire, le Touring Club Suisse (TCS) et le Bureau de prévention des accidents bpa, en collaboration avec les polices cantonales et municipales de Suisse, lancent un appel à la prudence. Au moyen d’une campagne conjointe, ils veulent sensibiliser les automobilistes et les parents à cette étape délicate qu’est l’apprentissage du trafic par les enfants.


La cloche de la rentrée va bientôt sonner pour des dizaines de milliers d’enfants. Certains d’entre eux prendront le chemin de l’école enfantine pour la première fois, mais quel que soit leur âge et le moyen de locomotion choisi, chacun d’entre eux devra faire face aux dangers de la circulation. La campagne de sensibilisation «Rentrée scolaire!» est conduite pour la troisième année consécutive par le TCS, en étroite collaboration avec le bpa et les polices, et avec le soutien du Fonds de sécurité routière. Son but: encourager les automobilistes à redoubler d’attention aux abords des écoles et sur le parcours emprunté par les écoliers. Durant cinq semaines, affiches, banderoles, disques de stationnement, spots radio et TV appelleront les conducteurs de toute la Suisse à la prudence. Les véhicules de la Patrouille TCS et de nombreuses voitures de polices seront également munis d’un bandeau magnétique «Rentrée scolaire! Pensez aux enfants!». Des instructeurs se rendront dans les crèches et les classes d'écoles pour enseigner aux enfants comment se comporter face au trafic routier.



De 2000 à 2007, le nombre d’enfants victimes de la route, piétons et cyclistes, a presque diminué de moitié. Cette baisse réjouissante est le fruit d’un ensemble de mesures engagées sur le long terme: campagnes de sensibilisation, travail continu d’éducation routière mené dans les écoles, mais aussi contrôles de police renforcés aux abords des établissements scolaires ainsi qu’un accent particulier placé sur la formation des automobilistes. Cette tendance à la baisse ne doit cependant pas faire oublier que, chaque année, encore trop d’enfants sont gravement blessés (2007: 310, année précédente 326) ou perdent la vie suite (2007: 14, année précédente 16) à un accident de la route. Les enfants appartiennent, en effet, à la catégorie des usagers de la route la plus vulnérable.



Le dépliant informatif, «Rentrée scolaire! Pensez aux enfants!», distribué dans le cadre de la campagne par les polices, le TCS et le bpa, rappelle que la sécurité des enfants est l’affaire de tous. En raison de leur manque d’expérience et de leur perception pas toujours réaliste du trafic, les plus jeunes sont particulièrement exposés aux dangers de la route. La brochure, éditée dans trois langues nationales, rappelle aux automobilistes et aux parents les conseils de prudence et d’encadrement par rapport aux jeunes usagers, piétons et cyclistes, souvent dépassés par les événements du trafic. Le dépliant «Rentrée scolaire! Pensez aux enfants!» peut être téléchargé sur internet à l'adresse www.bpa.ch/commander (No d'article 3.060).





Conseils aux parents

•Montrez l’exemple lorsque vous êtes à pied, à vélo ou au volant d’un véhicule à moteur : vos enfants reproduisent votre comportement.
•Renoncez à emmener votre enfant à l’école en voiture afin qu’il puisse faire ses propres expériences.
•Accompagnez plusieurs fois votre enfant sur le chemin qui mène à l’école ou au bus scolaire. N’empruntez pas l’itinéraire le plus court mais le plus sûr. A la sortie de l’école, n’attendez pas votre enfant de l’autre côté de la route.
•Assurez-vous que votre enfant s’arrête avant de traverser la chaussée (consigne : attendre, écouter et regarder, traverser). Veillez à ce que votre enfant attende jusqu’à ce que les véhicules soient arrêtés devant le passage pour piétons.
•Expliquez à votre enfant qu’il doit faire attention à la circulation même lorsqu’il traverse à un feu de signalisation
•Assurez-vous que votre enfant part suffisamment tôt : le risque d’accident augmente avec la précipitation.
•Ne laissez pas votre enfant aller à l’école à vélo avant que vous jugiez ce moyen de locomotion opportun et avant d’être certain qu’il maîtrise cette situation. Exercez le chemin à parcourir à vélo avec votre enfant. Demandez à votre enfant de porter son casque et portez-en un vous aussi.








Conseils aux conducteurs

•Soyez particulièrement vigilants à proximité des écoles, des arrêts de bus scolaires ou de transports publics, notamment é la sortie des classes, lorsque les enfants ont besoin de bouger.
•Réduisez votre vitesse lorsque vous voyez des enfants aux abords de la chaussée et soyez prêts à freiner.
•Arrêtez-vous toujours complètement devant un passage pour piétons qu’un enfant veut emprunter ou sur lequel il est déjà engagé. En effet, dans les leçons d’éducation routière, les enfants apprennent à ne traverser que lorsque les véhicules sont arrêtés devant le passage pour piétons. Ne faites pas de signe de la main à l’enfant, car celui-ci pourrait traverser en courant sans faire attention aux autres dangers (p.ex. véhicules en sens contraire.)
•Attention aux enfants à vélo. Ils ne maîtrisent souvent pas encore suffisamment leur bicyclette.
•Gardez une distance latérale suffisante par rapport aux enfants à vélo et attendez-vous à des comportements inappropriés de leur part.
•Comportez-vous de manière exemplaire, même à pied, car vos enfants vont reproduire vos comportements.

BPA

mardi 24 août 2010

Du Moléson on n'y voit ma maison !

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Genève



Vaud



Berne


Neuchâtel

Egger Ph.

Faire le vide pour vivre mieux

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Chasser le superflu, c'est le défi que se sont lancé des internautes américains qui ont décidé de vivre avec 100 objets. Un défi qui tient du militantisme.

Dans sa liste, on a pioché: un tee-shirt rouge, une planche de surf, une bouteille en plastique, une Bible d'occasion, un téléphone portable avec chargeur, une alliance, des cartes de visite, un chapeau en laine (que sa femme trouve trop moche), une paire de Doc Martens achetée le 20 mai 2009... Au total, 100 objets tout rond, pas un de plus; sinon, c'est triché.Le gars qui a fait cette liste s'appelle Dave - son blog, Guynameddave.com. Il est né à San Diego, aux Etats-Unis, et il y vit avec sa femme, ses trois filles et son chien Piper. Le 12 novembre 2008, il se lance un défi: vivre avec 100 objets, maximum, pendant un an. Le «100 Thing Challenge» doit l'aider à se libérer du consumérisme à l'américaine. «Beaucoup de gens ont le sentiment que leur penderie et leur garage débordent de choses qui ne rendent pas vraiment leur vie meilleure», explique Dave. D'où cette idée qu'il résume en trois verbes: «réduire, refuser et réévaluer» ses priorités.

Biens partagés

A-t-on besoin d'avoir toujours plus pour être heureux? L'interrogation n'est pas nouvelle, certains se la posent depuis belle lurette mais, la crise aidant, elle revient en force. Et inspire ici et là des actes de rébellion. Ce challenge des 100 objets en est un, comme l'explique Sophie Dubuisson-Quellier (1), chercheure au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et à Sciences Po: «C'est une forme de militantisme. Avec un but précis: porter un message sur la place publique. Vivre avec 100 objets, cela tient presque du slogan. Ça parle aux gens tout de suite.»Définir les choses prioritaires amène à des questions existentielles du genre: faut-il se limiter en livres? En sous-vêtements? Et que faire du canapé du salon? Dave a décidé d'exclure tous les «biens partagés par la famille» (lit, piano, table de la salle à manger...) pour ne décompter que les objets strictement personnels. En s'accordant quelques libertés, comme pouvoir changer une chose par une autre. Ou compter les caleçons dans un même groupe, comme un seul objet. Idem pour les chaussettes.

Conseils pratiques

Un peu trop facile au goût de Colin, beau gosse baroudeur, qui raconte sur son blog - Exilelifestyle.com -, photos à l'appui, comment il a réussi à tomber à 72, puis 51 objets, pour être libre comme l'air et déménager à la vitesse de l'éclair. «J'ai même réussi à passer sous la barre des 50 objets quand j'ai emménagé en Nouvelle-Zélande», se félicite-t-il. Deux jeans au lieu de trois, une seule paire de chaussures (sans compter les tongs) et tant pis pour le parapluie. Dans son règlement, les lunettes de vue et leur étui ne font qu'un, la brosse à dents est inséparable du dentifrice et du fil dentaire. Etant précisé que la nourriture, le savon et le papier toilette ne comptent pas. «Ces choses sont théoriquement des biens, mais ce ne sont pas des symboles de propriété au même titre que les autres. Je peux m'en débarrasser dès que je pars.»Dans un autre genre, le blog de Rowdy Kittens - RowdyKittens.com - propose des conseils pratiques pour décrocher en douceur: «Commencer petit, en donnant, par exemple, dix objets par semaine à une association caritative», «fuir les galeries marchandes» et «les pubs à la télé» pour ne pas être tenté. Pour résister: se répéter que «moins d'affaires simplifie le ménage» et que «le désordre est une forme de procrastination».Sur sa liste, la blogueuse se refuse tout de même de compter chacun de ses élastiques à cheveux et barrettes. Elle reconnaît que «le challenge des 100 choses peut paraître arbitraire mais, au fond, c'est un bon exercice. Il nous oblige à faire l'inventaire de tout ce qu'on a, nos buts dans la vie. Le plus gros défi est de décider ce qui compte et ce qui ne compte pas.» Dans les objets indispensables, on retrouve presque toujours ordinateur portable, téléphone, wi-fi, MP3 et autres disques durs.

«Modération modérée»

«Ce grand écart entre un mode de vie dépouillé et un usage avancé des nouvelles technologies peut sembler paradoxal, reconnaît Sophie Dubuisson-Quellier. Mais les militants anticonsuméristes ont des pratiques très développées en matière d'usage des nouvelles technologies. C'est en accord avec leur objectif que de faire passer un message le plus largement possible.» Pour la sociologue Anne Chaté(2), «mettre dans sa liste un ordinateur est tout à fait défendable. C'est comme pour un régime minceur. Il vaut mieux des habitudes alimentaires saines qu'un régime sévère qui débouche sur des frustrations et des excès. Il vaut mieux une modération... modérée.»Neuf mois après la fin officielle de son «100 Thing Challenge», Dave, le gars de San Diego, est plutôt content de lui. Sur son blog, il annonce, guilleret, avoir développé de nouvelles habitudes de consommation. Aujourd'hui, «j'ai toujours peu d'affaires personnelles», assure-t-il, liste réactualisée à l'appui. 94 objets pour être précis, iPad et iPhone compris. On retrouve aussi sa bibliothèque (300 livres), le classeur à tiroirs et la très utile paire de guêtres. Sinon, depuis l'aventure, il fait fructifier son concept, page Facebook et compte Twitter à l'appui. Il a aussi écrit un livre racontant son expérience, qui doit paraître d'ici à la fin de l'année.


Marie PIQUEMAL

Ados en ligne: amour, insultes et harcèlement

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Plus de 90% des adolescents romands communiquent chaque jour sur les réseaux sociaux. S’ils s’y montrent très sentimentaux, ils peuvent aussi faire preuve d’une violence ravageuse. Une mine d’enseignements pour les sociologues.

«Tu es ma meilleure amie pour toujours» ou «Je t’adore cousin»: sur les réseaux sociaux, les jeunes passent le plus clair de leur temps à exprimer des sentiments très fleur bleue. «Leur vocabulaire est ultraromantique, observe Claire Balleys, sociologue à l’Université de Fribourg, qui termine sa thèse sur le sujet. Leur activité sur l’internet est avant tout relationnelle et elle prolonge celle de la cour de récréation.» A un âge où l’on cherche à se distancier du cercle familial, montrer que l’on a beaucoup d’amis ou une copine donne l’impression de faire partie des «grands». «Sur internet, les jeunes traînent ensemble, draguent, parlent de commérages, se taquinent ou partagent leurs bons plans, explique Olivier Glassey, sociologue spécialisé dans les technologies de l’information à l’Université de Lausanne. Ils passent beaucoup de temps à se faire des commentaires mutuels et à s’espionner.»

D’après une grande enquête menée par l’association française Fréquence écoles dont les résultats sont parus au printemps dernier, plus de 90% des jeunes possèdent actuellement un compte Facebook. Ils surfent en moyenne 2 heures par jour.

Leur deuxième site de référence est MSN, qui leur permet de discuter en ligne avec des amis de manière plus privée, dans des «chatrooms». Sur le net, les adolescents se créent un monde à eux, dans lequel ils discutent et restent entre eux. Ils s’adressent de longues missives sentimentales et les articles qu’ils écrivent traitent essentiellement de leurs amis, de leur copain ou copine. La notion de durée de la relation apparaît de façon récurrente avec des «je t’adore pour la vie», «tu seras toujours tout pour moi», «je ne pourrais jamais vivre sans toi» ou encore «tu es l’homme de ma vie». Avec les réseaux sociaux, les jeunes trouvent une scène sociale pour exprimer des sentiments qu’ils ne peuvent pas partager avec la même intensité dans la vie réelle. Les garçons sont aussi très sentimentaux entre eux, avec des «mon frère», «mon cousin», des «je t’embrasse», voir des «je t’aime».

Des émotions et des passions que les psychologues considèrent comme faisant partie intégrante de l’adolescence. «Internet convient très bien aux jeunes car il leur permet de s’exprimer dans un univers auquel les adultes ont très peu accès», observe le psychologue Philippe Jaffé. Sur les réseaux sociaux, les adolescents évitent d’ailleurs les intrusions des adultes et ne parlent pratiquement jamais de leurs parents, ni de leurs professeurs. Selon l’étude de Fréquence écoles, le web leur sert avant tout à maintenir des liens avec leurs proches, pas à en créer de nouveaux. Loin d’être des explorateurs de la toile, les jeunes se rendraient en majorité toujours sur les mêmes sites pour discuter avec le même cercle d’amis, qu’ils auront probablement déjà vus la journée.

Mais les adolescents n’utilisent pas seulement le registre romantique sur les chats. Les insultes et les attaques personnelles sont légion. «A l’adolescence, le sentiment d’appartenance à un groupe devient très important, explique Claire Balleys. Il implique souvent une exclusion de certaines personnes, dans le genre “eux sont mes vrais amis, mais ceux-là ne le sont pas”.» Les réseaux sociaux se révèlent de formidables outils de stigmatisation avec leurs possibilités de classements catégoriques, d’acceptation ou de refus d’un «ami» et de commentaires vus par tous. Désinhibés par cet environnement virtuel, les adolescents peuvent s’y déchaîner.

Avec des commentaires lourds et triviaux comme «sale pute», «salope» ou «pédé», ainsi que des groupes Facebook créés contre une personne en particulier (exemple: «Pour virer cette truie de l’école» ou «Ceux qui détestent Laure»), les limites de bienséance sont souvent dépassées. «Plusieurs centaines de jeunes peuvent rapidement adhérer à ce genre de groupe en quelques clics, sans se rendre compte des conséquences pour la personne visée», observe Tiziana Bellucci, directrice de l’association Action Innocence. Elle rapporte également des propos d’une violence rare tels que «Tu devrais mettre un terme à ta vie».

«La logique d’exclusion et de rejet qui sous-tend ces comportements existait déjà bien avant internet», souligne Claire Balleys. Mais alors qu’il s’agissait de simples rumeurs, les insultes sont maintenant écrites et commentées en direct. Elles resteront ensuite sur la toile. «C’est tout le paradoxe du monde virtuel, car il matérialise ce qui avant n’était qu’un commérage et lui donne ainsi une plus grande ampleur», considère Olivier Glassey. L’internet mène donc la vie dure aux boucs émissaires et complexifie les relations entre les adolescents.

«Les insultes écrites sont beaucoup plus traumatisantes pour la victime, surtout lorsqu’elles prennent la forme de harcèlement, estime Philippe Jaffé. Les mises à l’écart virtuelles se font au vu et au su de toute l’école et surtout, il reste une trace bien des années après. Récemment, il y a eu le cas d’une adolescente américaine qui s’est suicidée suite à un cyberharcèlement. C’est dire si la situation peut prendre une tournure dramatique.» Pour Serge Pochon, directeur de la plateforme Telme.ch, qui offre un soutien psychologique aux adolescents et à leurs parents, les réseaux sociaux représentent une caisse de résonance d’une maltraitance et d’un manque de respect qu’il a vu croître entre les jeunes ces dernières années. «Certains d’entre eux se lâchent dans ce contexte, ils expérimentent tout et n’importe quoi en pensant être protégés par l’anonymat.»

Le comportement très normatif des jeunes sur l’internet a également frappé Claire Balleys, qui a suivi les activités en ligne de plusieurs classes de Genevois entre 12 et 16 ans. «Ces réseaux consacrent le statut de chacun et la hiérarchie établie dans le groupe. On observe une tension constante entre le besoin de se distinguer en tant qu’individu et le besoin de s’affilier à une “tribu”. Tout le monde cherche à avoir le plus d’amis possible, mais surtout à être ami avec les figures les plus populaires de son école. On n’insulte ensuite pas n’importe qui, sous peine d’être sanctionné. Le contrôle social est tellement fort que certains jeunes n’osent pas effacer les injures proférées à leur égard.»

Sur les réseaux sociaux, les adolescents sont en recherche de ce que les spécialistes appellent l’«extimité»: ils y dévoilent des facettes de leur intimité pour les faire valider par leurs amis, grâce aux options qui permettent d’exprimer des «j’aime» ou «je n’aime pas» en un clic.

Ils veulent se faire remarquer et faire réagir les autres, sur le modèle de Google qui valorise ce qui est le plus consulté. C’est une sorte de «googlisation» de l’estime de soi. «Internet n’est pas forcément la cause de ces comportements, analyse la psychologue lausannoise Adriana Bouchat-Trezzini. Il s’agit également d’un reflet de notre société et de la télé-réalité, qui valorise les jeux de rôles et dans laquelle on devient quelqu’un si l’on parle de nous. Les jeunes ne font qu’imiter cela.»

Quelles seront les conséquences de la fréquentation assidue des réseaux sociaux sur l’identité des jeunes? «Il est difficile d’imaginer que cela n’aura pas d’influence dans leurs relations à autrui, estime Olivier Glassey. Ils passent un temps énorme sur ces plateformes, qui représentent une forme inédite de sociabilité.» Peut-être le terme «ami» va-t-il changer de sens à cause de Facebook? Vont-ils développer d’autres mots ou rituels pour désigner les amitiés réelles? Si davantage de recul est nécessaire pour le savoir, les experts considèrent déjà que les adolescents actuels représentent une génération sacrifiée sur l’autel des nouvelles technologies. «Il s’agit d’un univers nouveau, face auquel la société n’a pas encore inventé de règles éthiques, déplore Olivier Glassey. Les adolescents découvrent ces nouvelles technologies à un âge où leurs sentiments sont exacerbés et où ils cherchent à transgresser les limites.» Mais ce qu’ils inscrivent sur la toile y restera.


Trois questions à Olivier Halfon

Pédopsychiatre et chef du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHUV

Pourquoi les jeunes se lâchent-ils sur l’internet?

A partir du moment où on ne voit pas l’autre physiquement, il est nettement plus facile d’exprimer ce que l’on ressent et de rentrer dans l’intimité d’autrui. La période de l’adolescence est caractérisée par l’éveil de la sexualité et par l’agressivité, liée à la transgression des règles. A l’abri du regard parental, l’internet accentue ces comportements.

Se faire insulter sur le net est-il plus traumatisant?

Les boucs émissaires ont toujours existé dans les écoles. Mais autrefois, les attaques étaient des rumeurs qui circulaient entre quelques personnes dans le préau. Maintenant, il s’agit d’articles, de photos ou de vidéos, vus et commentés par toute l’école — ce qui représente parfois plus de 1000 personnes — en direct! C’est beaucoup plus violent pour un jeune et il peut en découler de sérieux problèmes d’autoestime.

De nombreux parents ignorent ce que racontent leurs enfants sur les réseaux sociaux. Qu’en pensez-vous?

Je trouve cela normal. Les parents et les adolescents n’appartiennent pas au même monde et chacun doit respecter l’autre. Les jeunes ont besoin de se créer leur propre espace d’intimité pour se construire. Les «chats» font maintenant partie de ce processus . A l’image d’un journal intime, les parents ne doivent pas s’y introduire, à moins que l’enfant ne dépasse les bornes.



«jte kiffe ma bestah!»

Les adolescents utilisent leur propre vocabulaire et code d’abréviations sur le net, qui s’apparente au langage SMS. Le «leet speak» (écriture mélangeant lettres et chiffres) devient toujours plus présent et les adaptations de l’anglais sont nombreuses. Lexique pour les plus de 25 ans.

Manifester son affection

Bestah / bestou: Meilleur(e) ami(e)

Chiwi: Chéri

Jtm, tème, jeu thème: Je t’aime

Kiffer: Aimer

Sistaaa: Soeur

Jtpqtom: Je t’aime plus que tout au monde

Exprimer un état

Reb: Saoul

Deker: Ivre ou «dans un état second»

Bad-triper: Angoisser

Qualifier une personne

Un noob: Un débutant (dans le sens péjoratif de «nul»)

Un troll: Un perturbateur sur un forum

Un no life: Une personne passant la plupart de son temps libre sur internet

Leet Speak (écriture à base de chiffres)

2m1: Demain

L33t: Elite, «les meilleurs»

B1: Bien

C2 labal: C’est de la balle, c’est génial

Autres abbréviations

Xxdr: Exploser de rire

Ptdr: Péter de rire

Omg: O my god

Tmtc: Toi-même tu sais,

signifiant «on se comprend»: Vnr Enerver

Kdl: Que dalle, rien

Tg: Ta gueule

Nc: No comment

Geneviève Ruiz

Il n'y a pas assez de déchets en plastique dans l'Atlantique

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Vingt ans de mesures des déchets en plastique dans l'Atlantique nord montrent que la quantité est élevée… mais il en manque. Ou bien les humains gèrent de mieux en mieux leurs déchets et s'appliquent au recyclage, ou bien cette pollution part se camoufler en des endroits inconnus des scientifiques. Peut-être, par exemple, le tube digestif d'animaux marins.

Après la matière noire des astronomes, voici le plastique manquant des océanographes. Selon une équipe américaine, en effet, la quantité de morceaux de plastique piégés au centre de l'Atlantique nord, certes importante, n'a pas augmenté depuis plus de vingt ans. Incompréhensible, expliquent-ils…

Un île en plastique dans l'Atlantique

La concentration de déchets flottants au centre de bassins océaniques, favorisée par des courants tournant sur de vastes régions, est aujourd'hui bien connue. Le célèbre « great Pacific garbage patch », dans le Pacifique nord, en est l'exemple emblématique.

Dans l'Atlantique, un phénomène semblable est suivi depuis deux décennies par les équipes de la Sea education association (SEA, Massachusetts).

Embarqués à bord de l'un des deux voiliers de cette association créée en 1971 et depuis affiliée au centre océanographique de Wood's Hole, des étudiants sillonnent les océans. Depuis la création de la SEA, affirme aujourd'hui son site, 7 000 d'entre eux ont parcouru plus d'un million de milles marins (soit près de 2 millions de kilomètres).

L'une de leurs tâches a été de compter les morceaux de plastique récoltés dans un filet traîné par le navire. La SEA vient de publier dans la revue Science le résultat de ces vingt-deux ans de mesures dans l'Atlantique nord, entre 1986 et 2008.

Sur 6 136 traits de pêche (quand le filet est mis à l'eau), les auteurs mentionnent la présence de matière plastique dans 60% des cas. Pour l'essentiel, les composants sont le polyéthylène et le polypropylène, deux polymères très utilisés dans les emballages.

La quantité de déchets reste stable

La répartition n'est pas du tout homogène : la concentration augmente à mesure que l'on s'éloigne de la côte. La zone la plus polluée est située entre 22 et 38 degrés de latitude, soit, respectivement, celle des Canaries et celle des Açores.

Le phénomène de piégeage au centre d'un bassin océanique est donc retrouvé ici et cette zone d'accumulation correspond très bien aux courants connus.

Mais, affirment les auteurs de la publication, un fait est troublant : les quantités pêchées sont à peu près stables depuis vingt ans. Or la production de déchets a, elle, augmenté. Pourquoi n'observe-t-on pas la même tendance à la surface et au sein des masses d'eau atlantiques ?

Dangereuse fragmentation

La publication ne va pas plus loin que la description des faits observés et ne fournit donc pas d'explications. Il existe pourtant des hypothèses, déjà envisagées.

Les morceaux de plastique peuvent se fragmenter jusqu'à atteindre des tailles minuscules, voire microscopiques, donc devenir insaisissables par un filet… mais pas par les organismes filtreurs du plancton qui pourront donc en ingérer. Ils peuvent aussi finir par se fixer sur des organismes marins et, après la mort de leur porteur, couler avec lui pour se fondre dans le sédiment marin.

Des observations antérieures montrent bien que le plastique peut disparaître à nos yeux tout en continuant à polluer l'océan. En 2004, Richard Thompson, de l'université de Plymouth (Royaume-Uni), avait fait sensation en publiant les résultats d'une étude sur vingt plages britanniques montrant la présence de fragments de matière plastique de toutes tailles, jusqu'à 20 microns. Etendue en 2006 à différentes régions du globe, sur plusieurs continents, l'étude s'est conclue par des résultats similaires.

Toxicité pour les organismes vivants

En 2009, Katsuhiko Saido, chimiste de l'université Nihon (Chiba, Japon), avait démontré que les polymères peuvent se dégrader dans l'océan, contrairement à ce que l'on croyait. Cette transformation chimique conduit au bisphénol A (BPA) et à l'oligomère PS (la brique élémentaire du polystyrène), deux produits qui ne sont pas sans effet sur les organismes vivants.

Si les résultats de la SEA ne sont pas une grosse surprise, ils posent donc de nouveau la question de la toxicité des déchets de matière plastique une fois parvenus dans l'océan mondial.




Photo : quelques morceaux de plastique récoltés dans l'Atlantique (K.L.Law et al.Science) ; carte : la répartition de résidus de plastique dans l'Atlantique nord selon les relevés de SEA, les étoiles noires indiquant les concentrations supérieures à 200 000 pièces par kilomètre carré (SEA/Science)
Jean-Luc Goudet

lundi 23 août 2010

Miss Paysanne 2010 est élue !

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C'est une première. La plus jolie des paysannes suisses a été élue hier, lors d'un concours organisé à Delémont, dans le Jura suisse.

La grande gagnante est d'ailleurs une jurassienne âgée de 19 ans, Lara Boichat (voir photo ci-dessus).

En Suisse, la paysannerie est une fierté nationale et un symbole de tradition.

Denis Burgerey

La poule Chocolate et la vache Muffin

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Egger Ph.

dimanche 22 août 2010

Notre roi s'en va !

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Pellet Hans-Peter (Oberschrot)
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Couronné fédéral pour la cinquième fois ce week-end à Frauenfeld, le Singinois a fait ses adieux, ovationné par 50 000 personnes. Sortie réussie pour le chouchou du public. Quant à la lutte suisse, elle tient son nouveau roi: Kilian Wenger. Le Bernois de 20 ans a atomisé l'opposition en triomphant dans ses huit passes.

(photo Keystone)Phénoménal Hans-Peter Pellet! Le Singinois a une nouvelle fois fait chavirer le public, durant le week-end écoulé à Frauenfeld. A quelques semaines de ses 40 ans, il a supporté la chaleur, réussi quelques coups de maître, notamment en première passe contre Thomas Achermann puis en 6e contre Guido Thürig, pour s'assurer de coiffer sa 5e couronne fédérale avant même la dernière passe. Cet ultime duel, le recordman de Suisse au nombre de couronnes (136 désormais), l'a perdu... Mais il a été ovationné avec ferveur, comme Kilian Wenger, adoubé une heure plus tard. Pellet a perdu face à Jörg Abder- halden qui avait déjà laissé échapper un 4e sacre, battu en lever de rideau dimanche matin. Mais lorsque le speaker a annoncé que le blond Singinois enlevait pour la dernière fois sa culotte de lutte, ce sont 50 000 personnes qui se sont levées comme un seul homme, applaudissant à tout rompre le «géant» porté en triomphe au milieu de l'arène. «Je savais que j'allais arrêter, mais j'ai réussi à en faire abstraction durant toute la fête.»

Epargné par les blessuresHans-Peter Pellet avait bien caché son jeu. Même sa famille n'aurait rien su de sa décision... «Je l'ai prise jeudi soir», dit-il. «Les raisons ne sont pas bien importantes.» Le champion va pouvoir se consacrer à sa famille. Il est déjà papa d'un petit Leon de trois ans et son épouse attend un heureux événement pour l'automne. Le reverra-t-on autour des ronds de sciure dans un rôle de conseiller? «C'est encore trop tôt pour le dire.»Lors de son dernier duel du samedi, le Singinois s'est blessé face à Burkhalter. «J'avais reçu comme une décharge électrique dans le coude gauche et je n'avais plus de sensations dans la main... Un nerf a peut-être été touché. Je dois tirer un grand coup de chapeau aux masseurs de l'équipe qui m'ont rétabli!» Durant toute sa carrière, Hans-Peter Pellet a été épargné. «Pas de grosse blessure. J'ai toujours dit que la santé était le plus important.»

«Un grand honneur»Cette saison, le désormais ancien chef de file de l'Association romande a passé par tous les états d'âme. Privé de couronne au Lac-Noir, il s'est cru «trop vieux», avoue-t-il. «Ensuite, j'ai remonté la pente lors des fêtes cantonales en Romandie. Et en coiffant le laurier à Weissenstein puis à Schwägalp, je me suis dit que j'étais toujours dans le coup.» Le Singinois a apprécié de tirer sa révérence face à Jörg Aberhalden, roi en 1998, 2004 et 2007. «C'était un grand honneur pour moi. J'ai perdu, mais c'est comme si j'avais gagné!» Dans l'album des souvenirs, Hans-Peter Pellet n'hésite pas au moment d'en choisir un: «C'est cette dernière Fête fédérale, la meilleure que j'ai faite!» A-t-il des regrets? «Que Zbinden n'ait pas obtenu de couronne à Frauenfeld et que Berset ne soit pas au nombre des nouveaux couronnés!» Coéquipier modèle, le champion est fidèle à lui-même.
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Après 136 couronnes, notre roi à nous les fribourgeois s'en va,
bravo et merci à toi Hans-Peter !
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Egger Ph.

Vive le roi !

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Kilian Wenger "Roi des Lutteurs 2010" à 19 ans!

Kilian Wenger (20 ans), qui a remporté ses huit passes lors de la Fête fédérale de Frauenfeld, est le nouveau "Roi des Lutteurs 2010". Le Bernois, qui offre le 1er sacre à son canton en 18 ans, a notamment privé Jörg Abderhalden d'un 4e sacre.

Egger Ph.

la "lutte à la culotte" véhicule des valeurs que beaucoup de sports ont perdu

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Doris Leuthard voit les lutteurs comme un exemple pour la Suisse

Esprit de compétition, franc-jeu et collégialité: la présidente de la Confédération Doris Leuthard attend des citoyens et des citoyennes du pays le même engagement que celui des lutteurs dans l'arène de Frauenfeld (TG).

"Conjuguant respect de l'autre, égards pour les minorités et saine concurrence, la lutte incarne l'esprit de la Suisse comme aucun autre sport", a déclaré dimanche Doris Leuthard devant les 40'000 spectateurs venus assister aux joutes de la Fête fédérale de lutte.

La crise financière de ces dernières années a montré que la Suisse est bien entraînée, qu'elle résiste bien aux "stress tests", qu'elle réagit rapidement et qu'elle est aussi prête à apprendre des choses nouvelles, selon la ministre de l'économie.

Depuis vendredi, le chef-lieu thurgovien a accueilli 200'000 visiteurs, dont 47'400 par jour dans l'arène provisoire construite pour l'occasion. Les chiffres définitifs devaient être connus en soirée.
La compétition, qui a vu s'affronter 280 athlètes aux bras noueux sous un soleil de plomb, doit désigner le Roi de la lutte suisse. Lanceurs de la pierre d'Unspunnen, équipes de hornuss, yodleurs, joueurs de cors des Alpes et lanceurs de drapeau ont également animé le week-end.

A guichets fermés

La Fête fédérale de lutte constitue le plus grand événement sportif de l'année en Suisse. Elle affiche complet depuis des mois. Ceux qui n'ont pas obtenu de billet ont pu suivre les combats sur de multiples écrans géants installés à proximité de l'arène.

Quelque 130'000 saucisses ont été grillées et 200'000 litres de bière mis au frais pour les visiteurs. Les CFF avaient prévu de nombreux trains spéciaux.

La Fête fédérale de lutte dispose d'un budget de 20 millions de francs. Un quart de ses recettes provient des sponsors. Quelque 2 millions de vignettes de lutteurs lancées sous le mode des images "Panini" ont en outre été vendues.

La chaleur est étouffante, mais qu'importe. Samedi, 200.000 Suisses ont bravé le soleil pour assister au tournoi national de "lutte à la culotte", un sport de bergers méconnu à l'étranger mais bien plus populaire dans la Confédération que le football.

Ce tournoi, organisé tous les trois ans, est considéré par les Suisses comme le plus important événement sportif du pays, qui se déroule cette année du 20 au 22 août dans la bourgade de Frauenfeld (nord) dans le cadre des grandes fêtes alpestres qui proposent également un concours de lancer de pierre ou encore du "hornuss", une sorte de base-ball avec des palettes en bois.

Pratique ancestrale des bergers, la "lutte à la culotte", qui doit son nom au bermuda de jute muni d'une ceinture que portent les lutteurs, devient plus populaire d'année en année, symbolisant la tradition et l'identité suisse qui cherche à s'affirmer dans un monde de plus en plus globalisé.

"La lutte est une combinaison idéale entre la tradition, le sport et le progrès", explique le directeur de l'Association fédérale de lutte suisse, Ernst Schlaepfer.

C'est "très suisse", abonde Eric Haldi, un lutteur qui se réjouit des "costumes traditionnels, cor des Alpes et chants" qui accompagnent l'événement.

"Ce n'est pas que du sport, c'est aussi du folklore", résume une spectatrice, Margrith, vêtue de la robe traditionnelle de Schaffhouse (nord).

Reber Fritz et ses cinq amis, arrivés tôt samedi matin des environs de Zurich (nord) pour ne rien rater des combats, apprécient l'esprit des lieux. "Ce sport nous plaît car il y a une ambiance spéciale", explique M. Fritz, 66 ans.

Le verre à la main, ils suivent les matchs sur des écrans géants installés à l'extérieur de l'arène où ont été étalés des cercles de sciure d'une dizaine de mètres de diamètre et épais d'une quinzaine de centimètres où s'affrontent, sueur au front, les "Böse" (méchants), comme on les surnomme.

Les lutteurs sont vêtus de traditionnels habits de bergers et de la fameuse culotte qu'ils ne doivent pas lâcher chez leur adversaire. Chaque combat dure dix minutes où jambes s'entremêlent, corps s'envolent, s'arqueboutent et résistent jusqu'à ce que l'un des deux lutteurs se retrouve dos à terre.

Felix Hofstetter y assiste pour la première fois, et ça lui "plaît", assure-t-il, manifestement enthousiaste.

Ici, tout le monde est "fier d'être Suisse", comme l'indique le T-shirt rouge et blanc d'un jeune homme.

Outre le côté couleur helvétique rappelant les images d'Epinal, le succès de la lutte à la culotte s'est confirmé dans un monde où d'autres sports engendrent des excès, assurent certains.

"Ce sport est redevenu à la mode car il engendre peu de violence. Les gens en ont marre des sports à fric. Ici la publicité est interdite", explique un des responsables techniques de l'événement, Ruedi Schäfli.

Les 281 lutteurs sont d'ailleurs tous des amateurs, la plupart étant agriculteurs ou artisans. Ils n'en sont pas moins de véritables sportifs, dotés de musculatures d'athlètes, qui n'ont rien à envier aux footballeurs ou autres rugbymen.

Mais rien à voir avec les sumos japonais. Le gabarit idéal pour la lutte à la culotte est de 1,85 cm pour une centaine de kilos.

"La force physique ne fait pas tout. Il faut être rapide et connaître bien les prises", souligne un journaliste sportif, Michel Bordier.

Faute de quoi, on finit rapidement la tête dans la sciure! Ce qui arrive plus souvent aux lutteurs de Suisse francophone, ce sport étant encore dominé par les Suisses alémaniques, relève-t-il.

La lutte suisse

La formule allemande Ringen und Schwingen, que l'on rencontre fréquemment dès la Réforme, indique que, dans l'ancienne Confédération, on distinguait entre deux formes de lutte. Si la saisie de l'adversaire par les habits, typique du Schwingen, apparaît déjà sur des illustrations du XIIIe s., la "lutte à la culotte" en tant que forme de lutte spécifique à la culture des bergers d'alpage n'est attestée que depuis 1600 environ. De nombreuses ordonnances et interdictions officielles témoignent de l'existence de rencontres annuelles, le plus souvent sur un alpage, où s'affrontaient les représentants de différentes communautés; ces fêtes de lutte alpestres (Bergschwinget) tombaient souvent en même temps que la fête de l'alpage en question (Älplerchilbi). Elles étaient particulièrement fréquentes dans la vallée du Hasli et dans l'Entlebuch, sur l'alpe de Seewen, l'Axalp, l'Engstlenalp, la Balisalp ainsi qu'au Brünig. Connus dans la partie francophone du pays sous la dénomination de "lutte" ou de "lutte suisse", ces jeux avaient aussi lieu dans la région limitrophe entre les cantons de Fribourg et de Berne; leur pratique s'étendait donc à une partie de la Suisse romande.

Dans les récits de voyage du XVIIIe s., l'évocation de la lutte suisse comme exemple de coutume alpestre ancestrale est déjà un lieu commun. De nombreuses gravures présentent, souvent avec emphase, de paisibles lutteurs entourés de spectateurs en costume, sur fond de paysage idyllique. Dans ses études sur l'Entlebuch (région où il était curé), Franz Josef Stalder donne en 1797 une description détaillée et un aperçu historique de la discipline. Il lui suppose des règles immuables, qui pourtant semblent avoir eu des variantes. D'autres sources attestent qu'en lieu et place de la culotte courte portée aujourd'hui, les lutteurs utilisaient aussi une ceinture de faucheurs ou un tissu noué autour de la cuisse. La durée des passes n'était pas non plus unifiée.
Selon les règles en vigueur depuis la création de l'Association fédérale de lutte suisse, la passe dure de 10 à 12 minutes. Le vainqueur doit jeter son adversaire à terre, les omoplates plaquées au sol, sans lâcher la culotte de ce dernier. Un jury évalue les prestations des joueurs selon un système de points et décide des paires d'adversaires de la passe suivante. Lors de grandes manifestations telles que la fête d'Unspunnen (tous les six ans) et la fête fédérale de lutte (tous les trois ans), le vainqueur, appelé roi des lutteurs, reçoit un jeune taureau (Muneli). L'agenda des lutteurs comporte près de 120 manifestations annuelles. Les fêtes du Brünig, du Stoos et du Rigi sont très prisées.

Egger Ph.